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SYNTHÈSE DE LA PRESSE AMÉRICAINE du 13 au 19 mai 2006 I. Le débat sur l’immigration
Les réactions de la presse américaine sont partagées suite au discours du Président Bush sur la question de l’immigration. Le Boston Globe publie un éditorial soutenant le Président américain sur sa politique d’immigration. Le quotidien note que la déclaration « n’a certainement pas contenté ses appuis les plus conservateurs », mais elle « réfute toutefois l’accès des immigrants illégaux à la nationalité » américaine. Le Wall Street Journal et le Daily News espèrent que les membres Républicains du Congrès suivront le Président dans sa démarche.
Terry Michael, directeur du Washington Center for Politics & Journalism, regrette toutefois dans le Washington Times le « manque de leadership » du Président Bush sur « une des quelques questions où il a [pourtant] tout bon », en expliquant que le message présidentiel n’a fait qu’ « embrouiller davantage le débat en introduisant le spectre d’une frontière militarisée ». L’emploi de gardes nationaux fait également l’objet de commentaires critiques du Washington Post, du Los Angeles Times, qui saluent cependant tous deux l’intervention du Président Bush, comme du New York Times critiquant les « illusions sur les frontières » et considère que son intervention est une consécration de la « frange la plus radicale mue par la peur ».
Pour le Washington Times comme pour le chroniqueur conservateur Charles Krauthammer (Washington Post), les « bonnes intentions du Président ne suffisent pas » et il est donc urgent pour la Maison Blanche de considérer « sérieusement la protection de ses frontières » afin d’assurer l’efficacité d’un programme de légalisation. La commentatrice Diana West (Washington Times) partage cette position mais a, dans le même temps, des mots très durs contre le Président Bush : ses propositions sont « too little, too late » et davantage guidées par des « émotions enfantines » que par « l’intérêt de la nation ».
Le Washington Post commente l’avancée des discussions sur le projet de loi et marque son opposition à une loi qui créerait « des millions de citoyens de seconde-zone » ainsi qu’aux propositions visant à compliquer les modalités d’une régularisation des immigrés clandestins déjà présents sur le territoire américain.. La proposition d’étendre le système de « barrières fortifiées » à la frontière américano-mexicaine « est bien loin de la réforme sur l’immigration défendue à l’origine par la Maison Blanche » note le Baltimore Sun pour qui ce projet relève « d’une course de dernière minute pour appâter les législateurs conservateurs et apaiser une opinion publique frustrée qui menace de riposter » lors des prochaines élections. Le Baltimore Sun comme le Washington Post mettent en garde contre les dangers d’un projet de loi « patchwork » destiné à satisfaire les différentes exigences politiques et qui au final pourrait « s’avérer difficile à mettre en place ».
II. Nouvelle nomination à la tête de la CIA et écoutes téléphoniques de la NSA
L’audition du général Hayden à la tête de la CIA a mobilisé les media américains cette semaine, au moment même où les compagnies de télécommunication, accusées d’avoir communiqué des informations confidentielles sur leurs utilisateurs, ont publié des démentis. Le débat, qui porte sur la légalité des mises sur écoute, pose avant tout la question de la légitimité du pouvoir exécutif à intervenir directement dans le programme de surveillance nationale, selon le New York Times. Le Washington Post approuve le programme s’il « respecte la vie privée des citoyens américains » et dans la mesure où il serait « nécessaire » pour protéger les citoyens et à lutter contre le terrorisme. Le Washington Times soutient sans sourciller le programme.
Pour USA Today, le candidat à la tête de la CIA a « le bon cv. Respectera-t-il votre vie privée ? ». Le Washington Times et le Los Angeles Times affirment qu’il est, à l’heure actuelle, la « meilleure personne » pour coordonner le travail de la NSA et de la CIA. Dans un article du Washington Post, Robert M. Gates abonde dans ce sens en qualifiant Hayden de « réformateur ayant fait ses preuves », et en soulignant que « dans un monde où la principale menace reste le terrorisme […] une coopération étroite entre les militaires et la CIA dans les opérations clandestines et dans la collecte d’information est essentielle ». Toutefois, le Washington Post et le New York Times s’interrogent encore sur la légitimité de ce rapprochement.
III. Iran
La question iranienne inspire toujours la presse américaine. Trois commentaires s’interrogent cette semaine sur l’éventualité d’un dialogue direct entre les Etats-Unis et l’Iran. Dans le Washington Post, Henry A. Kissinger analyse les dysfonctionnement des négociations diplomatiques engagées avec l’Iran et juge « plus cohérent » et plus efficace un cycle de négociation qui associerait l’ensemble des membres permanents du Conseil de Sécurité. Pour l’ancien Secrétaire d’Etat américain, l’efficacité de la diplomatie passe par un cadre de négociation qui doit être « transparent pour l’ensemble des acteurs » et qui « doit proposer des sanctions claires en cas d’obstruction ». « Ce n’est qu’une fois l’ensemble des aspects diplomatiques explorés que l’on peut envisager l’option militaire » conclut-il. C’est également l’avis du commentateur du Washington Post, David Ignatius, pour qui « le silence américain en réponse à la lettre du président iranien est une erreur ». Il explique que cette lettre doit être l’occasion pour Washington « d’avertir les Iraniens de ce qui les attend selon la voie qu’ils décident de suivre ». Dans le même quotidien, Jim Hoagland suggère, pour sa part, de recourir « à la diplomatie asymétrique » avec l’Iran, en agissant « comme si un accord était possible », une « éventualité peu vraisemblable » selon l’auteur, afin de « s’assurer le soutien de la Russie et de la Chine ». Toutes les options doivent rester sur la table, poursuit le commentateur, qui suggère lui aussi « de faire preuve d’une volonté de dialoguer directement avec Téhéran sur tous les sujets, y compris la sécurité de l’Iraq et la question du Golfe Persique ».
IV. Reprise des relations diplomatiques entre les Etats-Unis et la Libye
La reprise des relations diplomatiques entre les Etats-Unis et la Libye, après l’abandon par le président Kadhafi de son programme d’armes de destruction massive et le règlement des litiges pendants sur les affaires de terrorisme, est saluée par la presse américaine. Elle s’accorde pour considérer le cas libyen comme un « succès » diplomatique pour l’Administration Bush, qui devrait inspirer les « Etats voyous » – au premier rang desquels la Corée du Nord et l’Iran.. et, pour certains à l’instar du Baltimore Sun, inciter à revoir la position américaine d’un refus de dialogue direct avec Téhéran.
Toutefois, selon le New York Times, cette annonce, qui coïncide avec celle d’un embargo sur le commerce d’armes contre le Venezuela et l’inscription de ce pays sur la liste des Etats présentant une menace terroriste, est clairement destinée à faire pression sur l’Iran. Par ailleurs, ironise le Washington Post, cette « normalisation » des relations américano-libyennes est le « mariage naturel entre un gouvernement américain en quête d’amis et de pétrole au Moyen-Orient, et d’un gouvernement libyen qui a besoin d’ouvrir son économie vers l’extérieur ». Le Wall Street Journal ajoute que les « intérêts corporatistes » des Etats-Unis ont en grande partie motivé cette « réconciliation ».
Le Christian Science Monitor minimise ce « succès diplomatique » en soulignant que la Libye est un cas bien particulier et qu’il serait présomptueux de penser que le même schéma puisse être applicable à l’Iran ou à la Corée du Nord. Comme le Washington Post, le Christian Science Monitor précise que cette décision risque d’avoir des effets négatifs sur l’image du gouvernement américain dans la mesure où elle constitue un recul dans son projet de démocratisation du Moyen-Orient. Un faux pas que Judith Miller (dans sa tribune publiée dans le Wall Street Journal) considère d’autant plus important que le Président Bush s’apprête à « redonner pleine autorité » à un « despote » peu respectueux des droits de l’homme et responsable de l’attentat de Pan Am 103.
(N° 398/06/AT/NL) Ambassade de France aux Etats-Unis, le 19 mai 2006
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