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SYNTHÈSE DE LA PRESSE AMÉRICAINE

du 28 avril au 5 mai 2006

I. Iran

Suite au dépôt du projet de résolution au sur la question nucléaire iranienne, les média américains ont relevé les divergences entre les Etats-Unis, la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne d’une part la Russie et la Chine d’autre part, notamment sur la référence au Chapitre VII de la Charte des Nations Unies. Alors que la position iranienne se durcit, l’unité dans la fermeté de la communauté internationale semble difficile à maintenir, soulignent la plupart des quotidiens.

Les journaux américains dans leur ensemble soutiennent la solution diplomatique dans laquelle s’est engagée l’administration Bush même si le Wall Street Journal souligne que cette ligne de conduite est loin d’emporter l’unanimité et que le front uni affiché par la coalition cache en réalité une « série de clivages en coulisse ». La presse concentre ses critiques sur l’attitude de la Russie dans ce dossier : ainsi, le Washington Times mais aussi le Los Angeles Times mettent en exergue les intérêts commerciaux qui lient la Russie à l’Iran et le profit que le gouvernement russe essaierait de tirer en termes de prestige dans le monde musulman et sur l’ensemble de la scène internationale, notamment face aux Etats-Unis. Pour le Washington Post, le moment est venu pour la Russie de Poutine de montrer « s’il est un allié de l’occident » et s’il choisit de « faire partie du groupe des démocraties », rappelant que la Russie accueillera le sommet du G8 prévu à Saint Petersbourg. Le temps est aussi venu pour la Chine de montrer qu’elle a à cœur de se comporter en « stakeholder » de la sécurité internationale.

La question de l’engagement de discussions directes entre Washington et Téhéran fait l’objet de débats : si les quotidiens conservateurs (Washington Times, Wall Street Journal) y sont totalement opposés, certaines voies s’élèvent pour en vanter les mérites. Dans une tribune publiée par le Washington Post, Dennis Ross y est plutôt favorable dès lors que l’inaction comme l’action militaire doivent être écartées, afin de renforcer la crédibilité « des carottes comme des bâtons ». Dans une tribune publiée dans USA Today, Amitai Etzioni, professeur en Relations Internationales, y voit l’opportunité de changer entièrement la politique américaine de déstabilisation du régime, jusque-là très coûteuse pour le gouvernement et peu efficace. « Un traité de non agression serait le meilleur moyen pour les Etats-Unis de maintenir les armes nucléaires hors d’usage » tout en réduisant les sommes exponentielles engagées pour affaiblir le régime des Mollahs. Selon A. Etzioni, la situation présente ouvre une brèche pour les Etats-Unis qui « devraient proposer à l’Iran le marchandage suivant : pas de nucléaire iranien, fin de la pression américaine pour un changement de régime ».

Dans le New York Times daté du 1er mai, David Sanger et Elaine Sciolino rapprochent la posture prise dans la crise iranienne de la situation au moment de la guerre froide : les deux analystes estiment qu’« à bien des égards, ce qui s’est passé ces trois derniers jours fait penser à la tromperie en usage durant cette période comme à la stratégie de la corde raide avec de nouveaux ajustements dans une époque nucléaire radicalement différente. Comme dans les premiers jours de la Guerre froide, chaque partie a tenté d’imposer ses propres règles du jeu, en utilisant tous les moyens disponibles – de la menace de sanctions américaines à la menace iranienne de couper les ressources en pétrole ». Les iraniens, qui regardent le scénario nord coréen, sont tentés par une accélération de leur programme, tout en surestimant les moyens à leur disposition.

II. Procès Moussaoui

Le tribunal fédéral d’Alexandria en Virginie a rendu son verdict dans l’affaire Zacarias Moussaoui, en le condamnant à une peine d’emprisonnement à perpétuité plutôt qu’à la peine capitale.

La presse salue d’une manière générale cette décision comme « le triomphe de la raison sur l’émotion » (USA Today). A l’issue d’« un procès équitable », c’est « la meilleure décision possible » pour le New York Times, « la juste punition » selon le Washington Post se félicitant d’une telle décision « non seulement juste mais aussi courageuse » de la part des jurés, rendue possible grâce à la « conduite exemplaire » de ce procès par la juge Brinkema. Newsday, autre quotidien populaire de New York, se félicite du verdict "Les jurés ont décidé de l'enterrer en prison. Une mort sans relief pour un homme sans relief". "Pour un homme determiné à mourir en martyr, vivre de longues années et mourir en criminel banal constituent le chatiment le plus raffiné."

Le New York Daily News est l’un des rares quotidiens à critiquer fortement le verdict du jury et regretter que Moussaoui n’ait pas été condamné à mort : « Il va croupir en prison, brûlé en enfer. Moussaoui va vivre. Ce n’est pas justice. C’est une abomination. ». Même le Wall Street Journal, en faveur de l’application de la peine capitale à Moussaoui, émet un jugement nuancé et titre « Moussaoui a perdu » car « au final, le système a pu rendre une certaine justice ».

USA Today, le New York Times comme le Los Angeles Times considèrent que ce jugement est « à l’honneur de l’Amérique ». « America’s day in court » (Los Angeles Times) ; « douze citoyens ont adressé au monde un message de fierté sur l’Amérique, celui d’une nation rendant justice y compris à ses pires ennemis » (USA Today) ; « le monde entier a pu voir le système judiciaire de ce pays se battre courageusement et justement pour parvenir à une solution adéquate. » (New York Times) qui relève le contraste avec Guantanamo.

Certains soulignent que « quatre ans et demi après [les attentats du 11 septembre], seul Zacarias Moussaoui a été traduit devant la justice et condamné ». Le Los Angeles Times y voit une contradiction flagrante en l’absence d’inculpation contre deux « acteurs clé d’Al Qaida » suspectés d’avoir planifié les attentats et qui sont détenus par les autorités américaines depuis trois ans ; « une contradiction centrale » qui d’après le journaliste David Savage s’explique par le fait que « le gouvernement préfère interroger les plus gros poissons dans les affaires de terrorisme plutôt que de les juger ».

III. Immigration

Le débat sur l’immigration et les manifestations des immigrés à travers les Etats-Unis continuent à interpeller la presse américaine au sein de laquelle s’expriment les clivages sur l’attitude à adopter vis-à-vis des immigrés illégaux présents et futurs.

Le quotidien conservateur Washington Times soutient l’immigration légale et montre peu de sympathie à l’égard des immigrés illégaux, rejetant ainsi les initiatives visant à « prendre en otage les authentiques traditions de l’immigration » américaine à l’occasion de manifestations visant selon lui à « intimider l’opinion publique ». Et d’évoquer à ce propos la réaction négative d’une partie de l’opinion américaine confrontée aux images montrant de nombreux drapeaux mexicains dans les cortèges à travers le pays. La proposition faite par le Président Bush d’une immigration sélective et contrôlée ne séduit pas non plus le Christian Science Monitor qui rappelle les échecs des précédentes expériences en la matière et critique les employeurs préférant embaucher des « travailleurs temporaires » à bas salaires pour ne pas avoir à payer plus cher des Américains pourtant au chômage. Toute politique d’immigration qui encourage ces comportements ne sont pas « sages » conclut alors le quotidien de Boston.

L’éditorial du New York Times, très favorable à la démarche des immigrés, insiste pour sa part sur l’aspect « pacifique » des « manifestations monstres » qui ont eu lieu aux quatre coins des Etats-Unis afin de réclamer « une chance de devenir des citoyens, avec toutes les obligations et les opportunités que cela implique ». « Ils sont l’Amérique » titre le quotidien pour qui les législateurs devraient « arrêter leurs froids calculs électoraux » et « écouter la voix de cette population de l’ombre qui parle comme une ». Pour le Baltimore Sun, ces manifestations sont plus que jamais « la preuve que des réformes sont indispensables ». Comme pour le New York Times, le quotidien de Baltimore estime que les 11 millions d’immigrés « sont partie intégrante de la société américaine » et que le Congrès doit agir rapidement afin d’élaborer un compromis qui répond aux aspirations « d’intégration à long terme » de cette population ainsi qu’aux « exigences de la sécurité nationale et aux besoins du marché de l’emploi ». /.


(N° 396/06/AT/AV)

Ambassade de France aux Etats-Unis, le 5 mai 2006