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SYNTHÈSE DE LA PRESSE AMÉRICAINE

du 22 au 28 avril 2006

I. Népal

Leon J. Weil, ambassadeur au Népal de 1984 à 1987, explique dans le Wall Street Journal du week-end dernier l’attention portée par Washington à la situation au Népal. L’ancien diplomate met en exergue deux éléments : tout d’abord, l’amitié de longue date liant les Etats-Unis au Népal, et reposant sur « plus d’un demi-siècle de relations diplomatiques extrêmement cordiales » ; ensuite, un « intérêt vital » pour les Etats-Unis dont la priorité serait pour l’heure de s’assurer que le pays ne devienne pas « un sanctuaire pour des activités terroristes communistes », en raison de l’influence du mouvement maoïste. Le Christian Science Monitor insiste sur la nécessité d’aider les Népalais dans leur combat pour la démocratie, une sorte d’obligation morale reposant sur les pays occidentaux. Au plus fort de la répression exercée à l’encontre des manifestants, le quotidien a même été jusqu’à préconiser des interdictions de voyager et des sanctions économiques ciblées à l’encontre de la famille royale et des chefs militaires mis en cause.

Suite à la décision du roi Gyanendra de rétablir un Parlement, annoncée le lundi 24 avril, la presse américaine se concentre sur l’avenir de la monarchie népalaise. L’éditorialiste du New York Times suggère ainsi la tenue d’un référendum sur la question « le plus rapidement possible », et estime que si demander l’abdication du roi peut apparaître comme une « demande extrême », il n’en reste pas moins indispensable pour les Népalais de se prononcer sur les résultats des politiques menées sous son règne. Le Baltimore Sun suggère pour sa part la mise en place d’une monarchie parlementaire dans laquelle les pouvoirs du roi seraient limités à un rôle représentatif. Un changement de régime allant dans ce sens serait donc « certainement le seul moyen d’encourager les insurgés maoïstes à déposer les armes et à rejoindre le processus politique », et par là même d’installer une paix durable, explique le quotidien du Maryland. Une décision revenant toutefois à la bonne volonté du roi Gyanendra, précise t-il, aujourd’hui confronté à un choix politique décisif : « s’accrocher à son pouvoir politique et prolonger la crise politique de son pays, ou ouvrir la voie à un nouveau Népal ».

II. Iraq

La désignation d’un nouveau Premier ministre en Iraq est qualifiée d’ « issue décente » par le Washington Post, suite à l’impasse politique ayant marqué l’Iraq ces dernières semaines. Le quotidien exprime en effet une satisfaction nuancée quant aux progrès enfin réalisés en matière politique, et s’interroge sur leur capacité à « stopper le cycle parallèle de violence sectaire ». De tels doutes sont également perceptibles dans la majorité de la presse américaine, principalement au sujet de la personnalité même de Jawad al-Maliki. USA Today, sous la plume de Rick Jervis, dresse le portrait d’un homme « tenace », « qui ne mâche pas ses mots », avant de le décrire plus tard dans un éditorial comme celui qui « sème la discorde » et qui s’était prononcé en faveur de la loi islamique : un tableau assez éloigné de l’idée que se fait le quotidien d’un « leader idéal » capable de mettre un terme à la crise politique iraquienne. Moins virulent dans son appréciation du nouveau Premier ministre, le Christian Science Monitor rappelle toutefois que son parti, le parti chiite Daoua, s’était montré opposé à l’invasion américaine de l’Iraq en 2003 et avait de même refusé de participer à des conférences organisées par les Etats-Unis à cette période. L’expérience de Jawad al-Maliki en matière de ‘débaassification’ serait néanmoins « un point en sa faveur », précise à son tour le Wall Street Journal, tout en insistant sur la nécessité pour les Etats-Unis de soutenir le nouveau Premier ministre dans sa tâche, « même s’il n’était pas le premier choix de l’Amérique ».

Enfin, le chroniqueur du Washington Post David Ignatius préfère pour sa part insister sur les aspects positifs de l’élection de M. al-Maliki : « le plus important est qu’il s’agit d’une modeste déclaration d’indépendance vis-à-vis de l’Iran », souligne t-il, dans une tribune intitulée « une chance pour l’unité ».

III. Iran

Dans le Christian Science Monitor, Howard LaFranchi décrit une communauté internationale divisée entre partisans et opposants de l’utilisation du Chapitre 7 de la Charte des Nations Unies : « un mois après que le Conseil de Sécurité a approuvé une déclaration édulcorée sur l’Iran, les puissances mondiales ne semblent pas plus proches d’un consensus sur l’action diplomatique », explique t-il. Cette division préoccupe la presse américaine.

La presse conservatrice préconise en effet plus de fermeté à l’égard de l’Iran. « Plus le comportement des mollahs est alarmant, plus le reste du monde y répond avec nonchalance », s’insurge le Wall Street Journal, qui dénonce l’opposition de la Chine et de la Russie à d’éventuelles sanctions économiques de la part des Nations Unies et critique également les déclarations des pays européens refusant l’éventualité d’une réponse militaire. Pour sa part, le Washington Times compare la crise iranienne actuelle à la crise coréenne elle aussi liée au dossier nucléaire, et dénonce un « grand marchandage » qui serait voulu par les « élites » américaines, dont Zbigniew Brzezinski, Richard Haass et de nombreux membres du Congrès. « L’idée d’une résolution pacifique de la crise semble plus improbable que jamais », insiste t-il, en s’opposant au processus de négociation qui selon lui serait indubitablement voué à l’échec : « Au final, […] le comportement hostile de Téhéran demeurerait largement inchangé ».

Du côté de la presse libérale, une longue tribune de Zbigniew Brzezinski dans le Los Angeles Times mérite d’être relevée. L’ancien conseiller du Président Carter, favorable à des pourparlers directs entre Washington et Téhéran, marque son opposition ferme à toute action militaire contre l’Iran, pour quatre raisons : l’absence de « menace imminente », la perspective d’un conflit difficile avec l’Iran, la menace pesant sur des cours du pétrole déjà élevés, et celle d’un regain de terrorisme contre les Etats-Unis, qu’il estime de plus en plus isolés sur la scène mondiale. « Une attaque contre l’Iran serait une pure folie », conclut-il alors, avant de suggérer l’utilisation de la dissuasion pour éviter toute confrontation militaire. Et d’ajouter qu’ « il est grand temps pour l’Administration de se désenivrer et de penser de façon stratégique, dans une perspective historique et en privilégiant l’intérêt national des Etats-Unis ».


(N° 395/06/CJ/NL)

Ambassade de France aux Etats-Unis, le 28 avril 2006