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SYNTHÈSE DE LA PRESSE AMÉRICAINE

du 15 au 21 avril 2006

1. Donald Rumsfeld

La controverse touchant actuellement le Secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld, provoquée par les critiques publiques de sept généraux américains à la retraite et déjà considérée par certains comme « la confrontation publique la plus sérieuse depuis le renvoi du général Mac Arthur par le président Harry Truman » (Richard Holbrooke, ancien ambassadeur américain auprès des Nations Unies, dans le Washington Post), divise les media américains selon un clivage prévisible entre défenseurs et opposants de l’administration Bush.

Cal Thomas, dans sa chronique nationale, adopte sans surprise la ligne défendue par l’administration sur cette question, et déplore des attitudes négatives vis-à-vis de la guerre en Iraq qui encourageraient les ennemis des Etats-Unis. Il met en garde ses lecteurs contre la tendance actuelle de l’opinion publique, minée par les doutes sur la nécessité d’une politique étrangère interventionniste, en expliquant que « cela aurait pu fonctionner dans un autre siècle, avant le terrorisme et les missiles intercontinentaux ». « Aujourd’hui, ce n’est pas réaliste », tranche t-il, s’agissant de « la guerre la plus importante et la plus dangereuse que les Etats-Unis aient jamais menée ». Outre un article rédigé par des généraux favorables à Donald Rumsfeld, le Wall Street Journal publie également un éditorial insistant sur la responsabilité collective des personnes ayant joué un rôle dans la guerre en Iraq : « les erreurs les plus graves commises en Iraq ont été plus politiques que militaires », affirme t-il après avoir rappelé que « des erreurs sont faites dans toutes les guerres ». La seule véritable critique pouvant être adressée au Secrétaire à la Défense serait ainsi d’avoir « laissé L. Paul Bremer gouverner comme un vice-roi en 2003 et 2004 » plutôt que de mettre en place un gouvernement iraquien dès le début, explique le journal économique. Pour autant, poursuit-il, la question des responsabilités reviendra aux historiens et non aux militaires, auxquels il reproche à la fois de ne pas offrir de « meilleure stratégie pour la victoire » et de vouloir créer une « crise de confiance en Iraq ».

Dans le Washington Times, Tony Blankley s’appuie pour sa part sur l’argument de la primauté du civil sur le militaire, un argument largement mis en avant dans le milieu conservateur, dont les chefs de file ne manquent d’ailleurs pas de rappeler que « le président détient son pouvoir du peuple », à l’opposé d’une hiérarchie militaire non démocratique. Une position similaire est toutefois adoptée par l’éditorial du Washington Post, qui, s’il s’offusque de l’entêtement du président Bush à vouloir protéger son Secrétaire de la Défense contre vents et marées, redoute que la démission de ce dernier ne constitue un « terrible précédent » en poussant l’administration à privilégier le critère de la loyauté politique dans le choix des chefs militaires américains. Dans le même quotidien, David Ignatius plaide néanmoins pour la démission de Donald Rumsfeld, « parce que l’administration Bush perd la guerre dans l’opinion américaine » et parce qu’il est « un symbole du manque de crédibilité » mis en valeur par les sondages. Soutenant l’idée d’un « nouveau départ », il va même jusqu’à lui proposer des remplaçants, dont le démocrate Joe Lieberman, aux côtés des sénateurs républicains Chuck Hagel et John McCain. Enfin, pour Maureen Dowd dans le New York Times, la démission de Donald Rumsfeld aurait du avoir lieu il y a déjà deux ans, suite aux scandales d’Abu Ghraib et de Guantanamo qui avaient gravement porté atteinte à l’image de l’armée américaine dans le monde. « L’Histoire reviendra sur la capacité des Etats-Unis à commettre les mêmes erreurs sanglantes au Vietnam et en Iraq en l’espace d’une seule génération, en troquant l’arrogant et obtus […] Robert McNamara pour l’arrogant et obtus Donald Rumsfeld […] », conclut-elle avec amertume.

2. Hamas

La réaction du Hamas à l’attentat-suicide du 17 avril à Tel Aviv, qui a fait 9 victimes israéliennes et a été revendiqué par le Jihad Islamique, ne manque pas de provoquer l’indignation de la presse américaine. Tous déplorent le « choix » opéré par le Hamas suite à cette attaque, qualifiée par plusieurs de ses membres de « réaction naturelle aux crimes israéliens » ou encore d’acte « d’auto-défense ».

Il s’agit selon le Washington Post d’un choix privilégiant les « engagements extrémistes en matière de terrorisme » du Hamas, au détriment de « son ambition de gouverner la Cisjordanie et la Bande de Gaza », autrement dit pour le quotidien un choix violant sa propre politique de cessez-le-feu et allant même « à l’encontre de ses intérêts ». De même, en la décrivant comme « non seulement immorale, mais également stupide », le New York Times s’inquiète d’une réponse encourageant le premier ministre israélien Ehoud Olmert à poursuivre une stratégie de désengagement unilatérale, qui selon lui ne permettrait pas aux Palestiniens d’obtenir suffisamment de terres pour la constitution d’un Etat palestinien viable. « Rendre l’occupation israélienne responsable du meurtre de civils ce lundi est tout simplement répugnant », estime pour sa part l’éditorialiste du Baltimore Sun, qui ne cache pas non plus son inquiétude profonde quant aux conséquences d’un tel discours de la part notamment du porte-parole du Hamas. La perspective d’un retour au cycle de violence qui avait caractérisé les relations israélo-palestiniennes de 2001 à 2005 est également redoutée par USA Today, et ce d’autant plus dans le contexte d’un « Moyen-Orient explosif ». La solution pourrait alors reposer sur l’arrivée au pouvoir d’un homme providentiel, dans ce cas un leader palestinien « déterminé à renoncer au culte des attentats-suicides », suggère USA Today, qui n’exclut pas l’actuel premier ministre Ismail Haniyeh en raison de sa modération après l’attentat de Tel Aviv. « La route est longue entre le silence et le courage du franc-parler », note t-il toutefois. Le Los Angeles Times rappelle enfin que malgré les nombreuses critiques dont l’Autorité Palestinienne de Yasser Arafat avait été l’objet, tout attentat terroriste était à l’époque systématiquement suivi d’une condamnation rhétorique. « S’il restait le moindre doute quant aux décisions américaine et européenne de mettre le gouvernement dominé par le Hamas en quarantaine en supprimant l’aide économique qui lui était accordée, il a été tragiquement balayé », conclut le quotidien californien.

3. Chine

La visite du président chinois Hu Jintao aux Etats-Unis encourage les journalistes à se pencher sur l’avenir des relations sino-américaines. D’après Glenn Kessler (Washington Post), l’objet de cette visite serait de déterminer « comment ces deux pays se partageront la scène internationale » dans un futur plus ou moins proche, la Chine ayant déjà étendu son influence mondiale grâce à de nombreux partenariats commerciaux en Asie mais également en Amérique Latine, « habituellement chasse gardée des Etats-Unis », signale le journaliste. De nombreux sujets soulèvent l’inquiétude de la presse américaine : les questions liées à la propriété intellectuelle et au non-respect des droits de l’homme pour le Washington Times, la liberté de la presse pour le Washington Post, les questions énergétiques et environnementales pour le New York Times… Dans un éditorial intitulé « Les amis de la Chine », le Baltimore Sun dénonce également la complaisance de nombreuses multinationales américaines, qui aurait pour conséquence de limiter sensiblement la marge de manœuvre du président Bush sur un certain nombres de questions sensibles.


(N° 394/06/CJ/NL)

Ambassade de France aux Etats-Unis, le 21 avril 2006