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SYNTHÈSE DE LA PRESSE AMÉRICAINE

du 8 au 14 avril 2006

1. Iran

La question du nucléaire iranien occupe la une des journaux américains cette semaine suite à l’annonce par Téhéran d’avancées sur sa capacité d’enrichissement d’uranium et à la parution de deux articles, le premier dans le New Yorker et le second dans le Washington Post, faisant état d’une option étudiée par l’Administration américaine d’une frappe militaire contre des installations iraniennes, comme moyen de s’opposer au programme nucléaire iranien. Pour le Washington Post, il s’agit avant tout de donner du poids à l’option diplomatique qui demeure la voie publiquement privilégiée par les autorités américaines.

Les annonces de Téhéran inquiètent les media américains qui leur accordent au moins le mérite de « contribuer aux efforts de l’Administration Bush pour convaincre le Conseil de Sécurité qu’une action internationale est nécessaire ». L’éditorial du Washington Post analyse les « déclarations provocantes » du président Mahmoud Ahmadinejad comme l’illustration de la volonté de l’Iran de ne pas céder sur son aspiration à posséder l’arme nucléaire « même contre des garanties de sécurité ou de ‘dialogue politique’ avec les Etats-Unis ». En l’absence de succès des démarches diplomatiques, le Post juge de manière très pessimiste que « cette Administration ou la suivante pourraient bien avoir à choisir entre une guerre ou accepter un Iran nucléaire ». Le Boston Globe juge, pour sa part, que cette possibilité d’intervention est risquée pour les Etats-Unis au vu des capacités militaires américaines et des risques induits par une éventuelle action militaire. Le Globe considère néanmoins la solution diplomatique comme le meilleur moyen d’éviter une « confrontation périlleuse » en évoquant la possibilité pour Washington d’explorer avec Téhéran les « possibilités d’un accord qui accorderait à l’Iran une sécurité et des bénéfices économiques en compensation de l’arrêt des recherches nucléaires ».

En dépit des démentis exprimés par le Président Bush lui-même et relayé par les porte-paroles de l’Administration, repris par l’ensemble de la presse américaine, les commentateurs s’interrogent sur l’éventuelle dissimulation d’une option militaire américaine contre l’Iran. Cette annonce n’étonne pas le Baltimore Sun qui trouve logique que l’Administration « ait des plans d’urgence au cas où les efforts diplomatiques seraient un échec ». Mais cela n’en est « pas moins alarmant » selon le Baltimore Sun qui y voit « une montée en puissance […] avec la référence à l’utilisation d’armes de dissuasion nucléaires » et qui appelle l’Administration américaine à « ne pas s’aventurer » dans cette démarche. « Ce fantasme militaire », « cette pure folie » n’est pas du goût du New York Times non plus, considérant que ce « n’est pas le meilleur moyen de changer les esprits en Iran et de faire avancer la diplomatie » et craignant au contraire que cela ne pousse le peuple iranien à se rallier derrière le « gouvernement islamique radical ». Si l’intention est vraiment de procéder à cette campagne de bombardements alors il y a « vraiment besoin d’établir un débat national sérieux » estime le quotidien. Comme le New York Times, le Baltimore Sun s’alarme de l’incapacité du Président Bush à admettre ses erreurs et à en tirer les leçons. La situation actuelle rappelle d’ailleurs la crise des missiles de Cuba pour le chroniqueur David Ignatius dans le Washington Post, citant également un autre repère historique, la Première guerre mondiale sonnant le glas de la puissance britannique, comme une intervention en Iran pourrait sonner le glas de l’influence américaine. Le Président Bush devrait s’inspirer du « génie de Kennedy » qui a su choisir sa propre stratégie en ignorant les conseils des faucons ou des colombes autour de lui. Ainsi « les menaces d’un conflit ne pourront être convaincantes que si elles viennent petit à petit, quand il est clair qu’il n’y a pas d’autres solution ». Le Chicago Tribune énumère les risques liés à une intervention militaire américaine en Iran , « un choix stratégique complexe à mettre en œuvre » qui pourrait « contribuer à l’accélération du programme iranien », ajoutant que les risques sont encore plus importants « si on considère la situation déjà difficile en Iraq ». Helena Cobb (Christian Science Monitor) appelle ainsi le Président Bush à traiter le problème à travers les procédures prévues par le Traité de Non Prolifération Nucléaire.

Les quotidiens conservateurs soutiennent ouvertement la planification alléguée d’attaque des installations iraniennes. Le Wall Street Journal « espère que l’Administration a bien une série de plans militaires de substitution » à sa disposition pour faire face à la « menace d’une bombe iranienne » car toute autre attitude est considérée comme « irresponsable ». Dès lors, que la fuite soit volontaire ou pas juge le Cincinnati Post, c’est « au Congrès de se prononcer » et de décider s’il est prêt à suivre le Président Bush dans sa menace de « tordre le bras [armé] iranien ».

2. France : fin du débat sur le CPE

Alors que le CPE fait l’objet d’une couverture médiatique importante, la décision du Président Chirac de revenir sur l’article de loi instaurant le CPE est très critiquée par les différentes analyses de la presse américaine qui n’hésitent pas à évoquer l’idée de défaite pour le premier ministre Dominique de Villepin : « Le revirement de Chirac est une défaite pour le Premier ministre » titre ainsi le Austin American Statesman comme d’autres quotidiens.

La notion de reddition est également évoquée par les media américains. William Buckley Junior parle de « capitulation » et de « disgrâce » présidentielle qui remettent en cause le processus démocratique français (New York Sun). De même, le New York Post reproche à Jacques Chirac d’avoir cédé aux « émeutiers » aux dépends du « futur économique du pays ». Le constat du recul de la France est unanimement partagé. Pour le Christian Science Monitor, ces « semaines de contestation » ont « mis la France sens dessus dessous », repoussant une réforme du marché du travail « dont la France et l’Europe ont tellement besoin ». Le quotidien note que les conséquences de la rigidité du marché de l'emploi sont « effrayantes » pour « les jeunes, les femmes, les immigrés et les vieux travailleurs » « Cela a réduit les chances de toutes réformes économiques avant la fin du mandat de Jacques Chirac » estime le New York Times pour qui « tout le monde est perdant ». Les différents correspondants du principal quotidien new-yorkais livrent d’ailleurs une analyse très sévère de la situation politique et économique en France. Elaine Sciolino évoque une « défaite humiliante » pour Dominique de Villepin considéré comme affaibli. Craig Smith se penche sur les éléments qui expliquent l’ampleur du débat et de la contestation autour du projet de loi. « Les manifestations reflètent la foi dans les idéaux quasi-socialistes » des Français qui ont cru voir leur droits des travailleurs menacés alors que les « emplois sont rares ». La peur de la mondialisation et les rigidités du marché de l’emploi sont les deux principales raisons qui justifient la situation actuelle de l’emploi en France juge pour sa part Marie-Josee Kravis, du Hudson Institute, dans le Wall Street Journal. Dès lors, la mesure de Dominique de Villepin, bien que considérée comme « un pas timide et maladroit », était nécessaire estime-t-elle.

C’est également l’occasion pour le Wall Street Journal de fustiger « l’incapacité de la droite européenne » notamment en France, en Allemagne et en Italie et d’espérer « une révolution des idées » nécessaire pour cette « droite continentale ».


(N° 393/06/AT/NL)

Ambassade de France aux Etats-Unis, le 14 avril 2006