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SYNTHÈSE DE LA PRESSE AMÉRICAINE du 1er au 7 avril 2006 1. France
La presse américaine s’intéresse au débat français sur le CPE pour la troisième semaine de suite, ses commentateurs et analystes revenant sur les raisons des manifestations en France et sur les leçons à tirer de cette réforme.
Les nombreux articles décrivant la situation s’accompagnent de photographies qui illustrent les slogans des manifestations ainsi que les éruptions de violences dans certains cortèges. « Malgré les images que peuvent avoir certains Américains », le commentateur Tod Lindberg, du Hoover Institution, réfute toute impression de « Paris en flamme » (Washington Times). « Un chaudron qui bouillonne ? Il n’en est rien » poursuit-il en affirmant sa sympathie avec la démarche du Premier ministre français même s’il rappelle « avoir écrit des choses très dures à l’encontre de M. de Villepin ». Le New York Times exprime pour sa part son soutien au président français pour sa promesse « d’aménager deux éléments clefs » du CPE et espère ainsi que la France ne sera « pas dissuadée dans le futur de mettre en œuvre les réformes sociales et économique nécessaires ».
Ces manifestations sont le résultat de la « profonde déconnexion entre les élites politiques français et le peuple français qui ne voit pas d’autre moyen d’attirer l’attention de leur leader » avance Helle Dale, de la Heritage Foundation dans le Washington Times. La commentatrice, comme K. A. Dilday dans le Los Angeles Times, porte tout particulièrement son attention sur les difficultés des jeunes de banlieues, avant de conclure que « la libéralisation, la mobilité sociale et l’intégration ethnique » seraient des éléments à même de faire évoluer la situation sociale et économique en France.
L’incompréhension générale des media face aux revendications des jeunes français est perceptible, alors que nombreux sont les commentateurs à s’interroger sur la pertinence des lois salariales en France. Ainsi, Steve Chapman, éditorialiste au Chicago Tribune, a des mots très durs contre les manifestants et contre le gouvernement : « la plus grosse menace à la sécurité de l’emploi en Europe occidentale est la sécurité de l’emploi ». Et d’affirmer alors que le moyen de « protéger les emplois au XXIème siècle ne consiste pas à s’accrocher à l’emploi que l’on a [mais plutôt] à être capable de trouver l’emploi suivant ». C’est l’occasion pour Edward Hudgins, directeur du Objectivist Center, de souligner « la catastrophe économique de la France », décrivant ce qu’il perçoit comme les aberrations et les difficultés du marché français de l’emploi. Jim Hoagland, du Washington Post, y voit pour sa part « un conflit générationnel » sur « l’allocation des ressources ».
2. Iraq
Le décalage entre la description de la situation iraquienne faite par l’Administration Bush et celle offerte par les media américains semble n’avoir jamais été aussi net. Extrêmement pessimiste, le New York Times dresse un tableau dominé par les assassinats et autres actes criminels perpétrés par les factions rivales, et regrette l’absence d’union nationale tant dans le gouvernement iraquien que dans la société qu’il représente. « L’Iraq devient un pays que l’Amérique devrait avoir honte de soutenir », va-t-il jusqu’à affirmer. Dans le même quotidien, Jeffrey Gettleman évoque également la hausse du prix des armes en Iraq consécutive à l’explosion de la mosquée chiite de Samarra en février dernier, une tendance s’inscrivant par ailleurs en parallèle avec la hausse du taux d’homicides, qui atteindrait actuellement un niveau record de 23 meurtres par jour à Bagdad. Le chiffre de 75 morts et blessés irakiens par jour est également avancé par le Washington Post, qui s’inquiète d’une explosion de la violence quotidienne à l’encontre des troupes et des civils irakiens. Cette perception se retrouve de même dans les articles du Washington Times, cette fois à l’égard des troupes américaines : très meurtriers, les premiers jours du mois d’avril remettraient déjà en question la baisse du nombre de soldats tués observée au cours des trois premiers mois de l’année ; une tendance « reflétant les progrès réalisés par les troupes iraquiennes », estime le journal conservateur.
Enfin, la libération de la journaliste Jill Carroll (Christian Science Monitor) donne à John F. Burns l’occasion d’évoquer, dans le New York Times, les difficultés et les dangers accompagnant le travail des reporters sur le terrain : « en Iraq, survivre fait aussi partie du métier », déclare t-il.
La presse américaine ne dissimule pas non plus ses incertitudes quant à l’avenir politique de l’Iraq. En effet, si la nécessité d’un gouvernement d’union nationale est reconnue par tous, les moyens pour y parvenir fait l’objet d’analyses divergentes. Pour le Los Angeles Times, l’alliance chiite devrait être sacrifiée au profit d’une union plus large incluant notamment la minorité sunnite, un objectif ne pouvant être atteint qu’avec la démission d’Ibrahim Al-Jafari. Vivement critiqué, ce dernier n’est pourtant pas le seul à recevoir les foudres de la presse. Le Washington Post dénonce ainsi l’ « évidente incapacité » de l’ensemble des responsables iraquiens à atteindre un accord politique ainsi que la « passivité » des Etats-Unis. Les moyens de pression américains traditionnels n’étant selon lui plus assez influents, il suggère l’intervention aux côtés des Etats-Unis d’autres puissances jusque là cantonnées à un rôle d’observation, telles que l’Arabie Saoudite, la Jordanie, la Turquie, « sans parler des gouvernements européens », ajoute t-il.
La publication par le New York Times d’un article du sénateur John Kerry à ce sujet mérite également d’être notée : favorable à un retrait rapide des troupes américaines, il prône cette fois l’utilisation de cette option comme une épée de Damoclès flottant au-dessus de la majorité chiite iraquienne. « Il faudrait dire aux hommes politiques iraquiens de mettre en place un gouvernement d’union [nationale] effectif avant le 15 mai, sans quoi nous retirerons nos troupes immédiatement », proclame t-il, sans toutefois abandonner l’idée d’un retrait des troupes à court ou moyen terme quelle que soit l’issue d’un tel bras de fer. Outre la volonté de s’extirper du « bourbier » iraquien, un tel retrait répondrait, d’après l’ancien candidat démocrate à la Présidence, à la nécessité de lutter contre Al Qaida en « cessant d’être son outil de recrutement le plus efficace », tout en permettant au gouvernement américain de concentrer ses efforts sur la question de la menace iranienne. Parmi de nombreuses réactions dans les media américains, on citera celle du Washington Times : « si nous nous retirons dès maintenant, nous trahirons les chiites iraquiens qui perçoivent pour l’instant la puissance américaine comme une force pour le bien dans leur pays », conclut-il en s’appuyant sur les propos du député chiite Ayad Jamal al Din, actuellement en visite à Washington.
3. Accord sur le nucléaire civil avec l’Inde
Suite à la récente visite du Président Bush en Inde et l’accord signé avec les autorités de New Dehli sur la question du nucléaire civil, les quotidiens de la presse américaine ont suivi avec attention l’audition de la Secrétaire d’Etat Condoleeza Rice devant le Congrès. Le New York Times renouvelle ses critiques, regrettant que l’ « exception spéciale à l’Inde » mette en péril la politique « de la carotte et du bâton » ainsi que la crédibilité du « Traité de Non Prolifération Nucléaire ». Malgré les inquiétudes des spécialistes et des membres du Congrès, les media ont noté l’accueil favorable des ténors démocrates, comme les Sénateurs John Kerry ou Joseph Biden, membres du comité des affaires étrangères au Sénat, suite à l’audition de la Secrétaire d’Etat. Quelques quotidiens se disent favorables à l’accord, comme le Wall Street Journal qui considère « la construction d’une alliance stratégique entre les Etats-Unis et l’Inde » comme « l’un des succès les plus importants de la politique étrangère du Président Bush », notamment pour sa capacité à « renforcer un pôle démocratique en Asie ». L’ancien Secrétaire à la Défense, Bill Cohen, y défend les garanties de non prolifération qui découlent de cet accord et note que certaines critiques en Inde déplorent d’ailleurs ces restrictions. Il se félicite enfin de la mise en place de cette coopération stratégique avec un pays qui « ambitionne de devenir un membre permanent du Conseil de Sécurité de l’ONU et qui aspire à davantage de responsabilités » sur la scène régionale et internationale, en évoquant un rôle à jouer par rapport à des pays comme la Chine ou l’Iran.
(N° 392/06/AT/NL) Ambassade de France aux Etats-Unis, le 7 avril 2006
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