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SYNTHÈSE DE LA PRESSE AMÉRICAINE du 25 au 31 mars 2006 1. Débat sur l’immigration
Le Congrès américain est le théâtre d’un débat « explosif » sur la réforme de l’immigration qui divise le parti Républicain et l’opinion publique américaine. Alors que le débat agite les Etats-Unis, le Président Bush est resté fidèle à sa ligne politique : oui à une régularisation d'une partie des clandestins, si le contrôle est renforcé aux frontières. Une position soutenue par USA Today pour qui « une nation d’immigrants ne peut pas présenter son dos aux nouveaux arrivants ». David Brooks, dans le New York Times, se joint aux partisans d’une réforme qui demeure ouverte aux nouveaux immigrants, et répond aux craintes des conservateurs chrétiens face aux nouvelles vagues d’immigration. Les nouvelles vagues ne déchirent pas le tissu social mais au contraire les immigrants « contribuent eux même à défendre les valeurs morales traditionnelles » ; dès lors les « contributions de l’immigration au long terme font plus que compenser les tensions qu’ils provoquent ».
Le sujet est sensible souligne le Chicago Tribune : toute mesure qui s’apparenterait à une amnistie semble impossible. Le projet de loi du Sénateur Specter est « la victoire de la réflexion et de la raison, cela n’est pas une amnistie » proclame le New York Times pour qui les Républicains, derrière leur leader au Congrès Bill Frist, tentent de « tuer » la réforme en associant ce projet a une tentative d’amnistie. La pression des Républicains et de leur leader est également vue d’un mauvais œil par le Los Angeles Times qui garde espoir que la raison puisse l’emporter au Sénat. Le quotidien se dit partisan d’une solution de compromis et rejette le « cynisme des propositions alternatives » du leader Républicain. Mary Curtius (Los Angeles Times) suggère pour sa part que « les ambitions [de Bill Frist] à la Maison Blanche » dictent un agenda législatif destiné à faire plaisir à « la base Républicaine » avec son projet de loi très contraignant sur l’immigration ou des propositions d’amendement constitutionnelles annoncées comme « l’interdiction de brûler le drapeau américain ou la définition du mariage entre un homme et une femme ». Seul le Washington Times se montre logiquement plus réticent à la vision présidentielle de la réforme sur l’immigration.
« Peu de controverses pendant la présidence de George W. Bush ont eu autant besoin du leadership présidentiel que ce débat à forte teneur émotionnelle » explique ainsi le Baltimore Sun. « Exprimez-vous Mr. Bush » plaide à son tour le Washington Post pour qui la Maison Blanche doit prendre position afin que la réforme sur l’immigration, « une mesure réaliste et humaine », ait une chance. Si le Président Bush est opposé à la proposition de Bill Frist, qu’ « il le dise » clame le Washington Post.
Le Wall Street Journal s’interroge alors sur les conséquences que le débat peut avoir sur l’avenir du parti Républicain, notamment à l’occasion des élections partielles prévues en novembre. Le quotidien conservateur se déclare franchement en faveur d’ « une nouvelle immigration » qui contribue a dynamiser l’économie et les centres urbains et souhaite voir le « Good Old Party » Républicain suivre la tradition reaganienne d’« optimisme et de confiance dans les bien faits de l’assimilation ». Le quotidien craint les perspectives qui se dessinent chez les Républicains au Congrès qui sont tentés de soutenir une politique « répressive et démagogue ». Cette attitude va aliéner les propriétaires des entreprises et le vote Hispanique selon l’éditorial qui craint la vision électorale à court terme adoptée par le parti Républicain.
2. France
Presque aussi nombreux que la semaine précédente, les articles consacrés aux manifestations en France sont avant tout ceux des correspondants et envoyés spéciaux dépêchés à Paris. Suite à la journée de grève nationale et aux importantes manifestations du 28 mars, les correspondants du New York Times évoquent surtout les violences survenues à Paris et les affrontements entre forces de police et jeunes gens, différenciant rarement les manifestants des groupes de jeunes casseurs. Le Washington Post insiste lui davantage sur les enjeux politiques de cette confrontation entre gouvernement et manifestants, notamment à l’approche des élections présidentielles de 2007, tout en soulignant les « divisions internes à la société française » mises en relief par les évènements, entre les étudiants, les groupes de casseurs venant des banlieues pauvres, et la clientèle des restaurants chics à proximité du parcours emprunté par le cortège. La description des manifestations de Paris offerte par le Wall Street Journal semble quant à elle sensiblement biaisée : n’évoquant que brièvement le rôle joué par les étudiants ainsi que par les syndicats de travailleurs, il décrit une foule composée de « groupes de marxistes », d’activistes pro-palestiniens, de « maoïstes kurdes », d’adolescents des banlieues pauvres, d’anarchistes, voire même de « retraités nostalgiques de l’Union Soviétique ».
La rubrique de Cal Thomas (Washington Times) se distingue de ces rapports principalement factuels sur la situation française. Fervent défenseur du capitalisme, il critique une société française socialiste marquée par « le désespoir, le chômage, la pauvreté et les émeutes en réaction aux promesses brisées de l’Etat ». « Qui parmi nous déplore que ces Français prétentieux […] payent le prix de toutes ces années de socialisme ? », s’interroge t-il. Ne perdant pas une occasion de s’adonner au « french-bashing », il semble n’avoir aucun doute sur l’issue de cette crise : « Bien sûr que les Français vont capituler », affirme t-il, « c’est ce qu’ils font toujours, n’est-ce pas ? »…
3. Israël
Dans l’ensemble, les résultats de l’élection du 28 mars en Israël sont présentés comme décisifs par la presse américaine, principalement sur la question du retrait de la Cisjordanie. Un « référendum historique » pour le Washington Post, « un nouveau pas vers la fin de l’occupation […] de la Cisjordanie » selon le Baltimore Sun : si l’évacuation d’une grande partie de la Cisjordanie ne fait plus aucun doute pour les media américains, le débat porte d’ores et déjà sur les modalités d’un tel retrait. L’idée proposée par Ehoud Olmert d’une éventuelle solution unilatérale ne semble pas satisfaire le Baltimore Sun, qui la qualifie de « solution partielle », ni le New York Times, qui s’inquiète déjà de l’impossibilité pour la communauté internationale de reconnaître un tracé de frontières non négocié, surtout si elles venaient à séparer les Palestiniens entre Bande de Gaza et Cisjordanie. Quant au rôle des Etats-Unis, il est abordé par le Washington Post et le Christian Science Monitor. Si le premier estime que « les Etats-Unis devront s’assurer que la nouvelle frontière rend possible la création d’un Etat palestinien viable, et qu’elle renforcera plus qu’elle n’affaiblira les alternatives palestiniennes au Hamas », le second va jusqu’à considérer les plans de Kadima comme contraires aux intérêts à long terme des Etats-Unis : la création d’un Etat palestinien viable ne serait possible que grâce à un tracé des frontières négocié et à un accord sur Jérusalem. « Bush ne peut pas limiter le processus de paix à de simples négociations entre les Etats-Unis et Israël, comme semble le croire M. Olmert », conclut-il.
Soucieuse de l’économie israélienne, la presse conservatrice dénonce le rôle joué par un certain « populisme économique de gauche » (Washington Times) dans la défaite du Likoud. Le Wall Street Journal exprime ainsi son inquiétude au sujet de la probable remise en cause par le leader travailliste Amir Peretz, « socialiste de la vieille école », des réformes de libéralisation engagées par l’ancien ministre des finances Benjamin Nétanyahou.
(N° 391/06/AT/NL) Ambassade de France aux Etats-Unis, le 31 mars 2006
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