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SYNTHÈSE DE LA PRESSE AMÉRICAINE du 18 au 24 mars 2006 1. Troisième anniversaire de la guerre en Iraq
Le Président Bush a procédé à une série de discours et de conférences de presse sur la situation en Iraq à l’occasion du troisième anniversaire de la guerre. Il en a profité pour défendre sa politique étrangère et a indiqué que le retrait complet des troupes d’Iraq n’était pas envisageable avant 2009. Ces déclarations publiques ont été l’occasion pour le Président Bush de défendre les réalisations des troupes américaines mais aussi de reconnaître des échecs selon le New York Times.
Certains quotidiens comme le Los Angeles Times regrettent les déclarations publiques faites par le Président Bush, jugées comme des tentatives maladroites de justifier trois ans après l’invasion en insistant sur les questions relatives à la démocratie et en laissant de côté celles relatives à la présence supposée d’armes de destruction massive (ADM) en Iraq. Jonah Goldberg considère ainsi que le Président américain « se rendrait service et aiderait le pays en expliquant simplement que ses décisions ont été les bonnes depuis le début » et d’ajouter que dans le contexte de l’époque, Washington ne pouvait que prendre la décision d’intervenir en Iraq. Plus conservateur en matière de politique étrangère, le Washington Post se dit satisfait de la tenue d’une conférence de presse qui « a été même plus efficace à expliquer et défendre l’engagement en Iraq » que les trois discours présidentiels. En réponse aux demandes pressantes sur l’avenir des troupes américaines en Iraq, le Président a déclaré que cela serait décidé par les futurs gouvernements américains et iraquiens. Une réponse « pas très politique » commente l’éditorial du Washington Post, mais qui a « au moins le mérite de montrer que George Bush reste engagé » où le besoin se fait ressentir. Le Wall Street Journal note avec amertume le pessimisme grandissant exprimé par les acteurs politiques à Washington et les media, et craint « les nombreuses critiques à l’encontre du Président et de sa politique étrangère qui contribuent à nourrir le pessimisme du public ». Le quotidien conservateur insiste : une défaite en Iraq n’est pas envisageable car « son prix serait payé par l’ensemble des Américains pendant des années » avec l’accroissement de l’instabilité au Moyen-Orient, une perte de crédibilité auprès des réformateurs musulmans et une hausse de la menace terroriste à l’encontre des Etats-Unis.
Cet anniversaire est l’occasion pour la presse de faire le bilan de ces trois dernières années. Le Baltimore Sun dresse un bilan assez négatif par la voix d’Anthony Cordesman (membre du Center for Strategic and International Studies) : l’objectif principal de se débarrasser des ADM iraquiens était inutile, la sécurité personnelle des iraquiens est d’avantage menacée aujourd’hui du fait des violences sectaires, l’intervention n’a fait qu’accroître une menace terroriste qui était limitée. Les Etats-Unis n’ont pas réussi non plus à promouvoir une stabilité géopolitique au Moyen-Orient, et même les résultats économiques sont mitigés. Le New York Time est également très critique du bilan américain en Iraq : « les trois dernières années ont montré à quel point nos leaders nationaux n’ont pas compris l’Iraq » et « l’homme qui a tout raté, Donald Rumsfeld, est toujours en place ». Le quotidien libéral n’hésite pas à associer le terme « débâcle » à la situation en Iraq, en regrettant que l’expérience du Vietnam n’ait pas servi de leçon aux leaders américains. « L’invasion iraquienne a clairement été une erreur, aggravée par des forces en nombre insuffisant, l’absence d’alliés et une préparation inadéquate » déplore USA Today, pour qui le coût de la guerre a été trop important. Mais le passé le ne peut être changé concède alors le quotidien en reconnaissant qu’un retrait n’est pas envisageable. Le quotidien reconnaît au Président le mérite de poursuivre son action en Iraq et celui de résister à la tentation d’un retrait démagogue. C’est également la position exprimée par Max Boot dans le Los Angeles Times : les coûts de la guerre sont plus lourds que ce qui avait été annoncé, mais une victoire reste possible si les Etats-Unis « s’arment de patience ».
Alors que l’Administration Bush multiplie les déclarations faisant état des progrès américains, sur les podiums et dans les colonnes de la presse, à l’image de la tribune de Donald Rumsfeld dans le Washington Post, le Los Angeles Times souligne au contraire le scepticisme des législateurs américains et des détracteurs qui jugent que l’Iraq est en pleine guerre civile. « L’Iraq traverse une guerre civile depuis quelques temps déjà » remarque pour sa part Charles Krauthammer dans le Washington Post. Mais cette situation n’est pas inéluctable ajoute l’analyste si « la plus grande partie des Sunnites arrête d’encourager les insurgés et s’investit dans la nouvelle construction iraquienne ». Les Etats-Unis et les autorités iraquiennes doivent pour cela utiliser « la carotte et le bâton » en luttant contre les groupes terroristes et en accordant aux Sunnites une place au pouvoir.
2. Manifestations en France
Deux semaines après le début des manifestations étudiantes et lycéennes contre le Contrat Première Embauche (CPE), la couverture de la situation française par la presse américaine est plus fournie. Le traitement est certes majoritairement factuel, et ce d’autant plus à la suite des grandes manifestations du jeudi 23 mars 2006 : des photos de voitures en feu figurent ainsi en couverture de plusieurs grands quotidiens, notamment du Washington Times ou du Washington Post, et sont parfois accompagnées de légendes pour le moins explicites : « Un pompier tâche d’éteindre un incendie allumé par les manifestants » pour le Washington Times, alors que le Washington Post évoque en titre « des manifestations marquées par la violence au cœur de Paris ». Ce penchant pour le sensationnalisme se retrouve également dans les articles de l’ensemble de la presse américaine, à l’exception du New York Times qui n’évoque pas les manifestations de la veille dans son édition du 24 mars. « Voitures brûlées », « vitrines brisées », « affrontements entre forces de l’ordre et bandes de jeunes », « bagarres entre les manifestants eux-mêmes », les descriptions des correspondants en France mais aussi de certains chroniqueurs et éditorialistes ne manquent ni de détails sur les incidents ayant perturbé la fin des manifestations, ni de comparaisons avec les événements de novembre dernier dans les banlieues. Seuls le Washington Post et le Los Angeles Times distinguent les « manifestations largement pacifiques » organisées par les étudiants et les travailleurs des violences perpétrées par les jeunes casseurs, décrits comme habituellement masqués ou cagoulés.
Quant au CPE, il recueille toujours le soutien des quotidiens américains, conservateurs comme libéraux. Pour Molly Moore (Washington Post) « sous la loi actuelle, il est impossible de licencier même le plus incompétent des travailleurs sans de lourdes implications financières pour les entreprises ». Le CPE semble donc largement perçu comme une réforme nécessaire, « une loi destinée à lutter contre le chômage des jeunes et à rendre l’économie française plus flexible », estime USA Today. Ce dernier n’est d’ailleurs pas le seul à considérer la flexibilité comme la solution préconisée en matière de politique de l’emploi. Pour le Christian Science Monitor, dans un éditorial publié sous le titre « Vive la France ! Vive le ‘chômage’ ? », le lien entre flexibilité et chômage serait mis en lumière par une simple comparaison des systèmes français et américain : pour une flexibilité quinze fois plus importante que la France, les Etats-Unis bénéficieraient d’un taux de chômage deux fois inférieur. Habituellement neutre, le Christian Science Monitor se prononce donc en faveur de la loi, qui prévoirait en outre formations et aide au logement. « Les étudiants de France devraient réviser leurs leçons de logique. La sécurité de l’emploi est-elle véritablement préférable à l’absence d’emploi ? », s’interroge le quotidien, tout en reprochant néanmoins au gouvernement de Villepin de n’avoir « pas pris la peine d’expliquer ou de vendre la nouvelle loi ». Selon Elaine Sciolino (New York Times), l’isolement du gouvernement, et principalement de son premier ministre, serait lié à la frilosité des hommes politiques, de gauche comme de droite, réticents à soutenir une initiative impopulaire à treize mois des prochaines élections présidentielles. « Bien que ce soit un peu tiré par les cheveux, il n’est pas non plus tout à fait impossible que M. Chirac nomme M. Sarkozy en remplacement de M. de Villepin », ajoute t-elle. Quant à H.D.S. Greenway du Boston Globe, il semble qu’il prenne plus parti contre les manifestants que pour le CPE lui-même : les manifestants seraient de son point de vue « des jeunes favorisés souhaitant simplement protéger leurs emplois », à l’opposé donc des émeutiers de novembre 2005 qui auraient poussé « un cri contre la pauvreté, le manque d’opportunité, la discrimination, l’injustice sociale qui marquent la vie de nombreuses communautés d’immigrés à travers l’Europe ».
(N° 390/06/AT/NL) Ambassade de France aux Etats-Unis, le 24 mars 2006
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