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SYNTHÈSE DE LA PRESSE AMÉRICAINE du 11 au 17 mars 2006 1. Le décès de Slobodan Milosevic
La mort soudaine de Slobodan Milosevic a interpellé les commentateurs de la presse américaine qui lui ont consacré de nombreux articles, s’interrogeant notamment sur les conséquences de cette disparition. Ils sont nombreux à juger, comme au Wall Street Journal, que la mort de l’ancien président serbe est « une victoire sur le tribunal de l’ONU qui ne peut [ainsi] compléter son premier procès d’un ancien chef d’Etat ». Dans le même quotidien, Wesley Clark, ancien commandant en chef des forces de l’OTAN au Kosovo, fait également état de ses regrets : « dans la mort comme dans la vie, Milosevic a retiré à des millions de personnes le droit à la justice, à l’espoir et à un avenir meilleur ». Cela est d’autant plus regrettable que cette mort va définitivement enterrer la vérité sur les atrocités commises en Ex-Yougoslavie, poursuit l’ancien officier. Pour Peter Ford, du Christian Science Monitor, c’est également « un coup dur pour la justice pénale internationale », mais « ce procès inachevé a le mérite de rappeler au monde que la paix ne réside pas uniquement dans la justice ». Timothy Waters, ancien membre du TPIY, passe en revue les insuffisances du Tribunal et rappelle que « le Tribunal n’a pas empêché les crimes à Srebrenica ou au Kosovo », « il n’a pas non plus contribué à la réconciliation régionale ».
Le quotidien de Boston note toutefois que les quatre années de procédure ont permis de mettre en lumière les atrocités commises pendant le conflit. « La justice réside dans le fait que Milosevic est mort en détention et non au pouvoir ou en exil » suggère alors le New York Times qui veut se convaincre, malgré tout, de l’utilité du Tribunal Pénal International pour l’Ex-Yougoslavie.
Le décès de Milosevic est l’occasion pour la presse américaine de se pencher sur l’avenir de la Serbie. Le Wall Street Journal juge les « nouveaux arrangements post-Milosevic dans les Balkans pas [encore] parfaits, la démocratie fragile et les tensions sectaires encore à vif ». Nicolas Wood du New York Times s’étend longuement sur les défis auxquels la Serbie doit faire face. Le problème du nationalisme ne semble pas résolu selon le journaliste, qui rappelle les conditions préalables à une adhésion posées par l’Union Européenne à Belgrade et notamment la remise au TPIY de MM Mladic et Karadzic. Mais le Baltimore Sun s’inquiète à ce propos que Belgrade soit tenté de ne pas collaborer avec le TPIY alors que « la rumeur selon laquelle Milosevic aurait été assassiné s’est répandue en Serbie ».
Le Wall Street Journal en profite pour réitérer ses critiques vis-à-vis de l’attitude des pays occidentaux et rappeler la responsabilité de l’Europe et des Etats-Unis « dans la tragédie des Balkans », l’Occident ayant « réagit trop tard pour arrêter Slobodan Milosevic ».
2. Iraq
Au sein de la presse libérale, plus soucieuse de la question irakienne que la presse conservatrice cette semaine, la position adoptée par David Ignatius dans le Washington Post contraste nettement avec la tendance générale : faisant le choix de l’optimisme, il interprète les différentes rencontres entre leaders irakiens comme le signe d’une concertation naissante devant, à terme, mener à la formation d’un gouvernement d’union nationale.
Pour le reste des chroniqueurs et éditorialistes libéraux, l’avenir de l’Iraq semble toutefois moins rayonnant. Un éditorial du Washington Post évoque ainsi un tableau peu réjouissant, fait d’une « impasse politique » à Bagdad et d’un conflit sectaire « dans lequel les troupes américaines et celles du gouvernement irakien jouent de plus en plus le rôle de tampons ou de spectateurs ». Le Baltimore Sun souligne quant à lui la lenteur du processus politique devant aboutir à la formation d’un véritable gouvernement à partir des résultats des législatives de décembre, tout en estimant qu’une fois formé, celui-ci demeurera vraisemblablement insuffisant face aux nombreux défis auxquels l’Iraq doit actuellement faire face. Il décrit en effet les forces irakiennes comme « incapables de combattre sans le soutien américain », et regrette que l’efficacité des forces de police soit « mise en péril par les milices sectaires ». Pour Trudy Rubin dans le même quotidien, la question cruciale serait celle de la succession d’Ibrahim al-Jaafari au poste de premier ministre : un choix majeur pour lequel elle souligne les rôles-clefs de l’ambassadeur américain Zalmay Khalilzad et de l’Ayatollah Ali al-Sistani, dont l’influence pourrait être décisive sur les populations chiites. L’élection d’un nouveau premier ministre marquerait également « la fin du règne de Muqtada al-Sadr », et introduirait un nouveau scénario pour l’unité irakienne : « ce n’est qu’après cela que l’Iraq pourra avancer et que les troupes américaines pourront se retirer », explique t-elle.
Zalmay Khalilzad est cette semaine au cœur de l’actualité consacrée à l’Iraq, le New York Times lui accordant d’ailleurs un article entier, sous le titre « Le Prestidigitateur ». Il y est décrit comme un « penseur stratégique » et un « opérateur politique qualifié », mais aussi comme un homme qui « s’amuse facilement » tout en préférant « écouter en silence lors des grandes réunions ». C’est au final un portrait flatteur que dresse Robert F. Worth, celui d’un homme dédié à sa mission : « L’ambassadeur américain cherche à apaiser les colères », écrit-il, tout en regrettant qu’il finisse par « en devenir la cible ». Sa tâche est également décrite comme difficile par le Washington Post, d’autant qu’il serait confronté aux attentes des quatre ou cinq grandes factions politiques irakiennes, elles-mêmes divisées sur leurs visions de l’avenir du pays.
Notons enfin la satisfaction du Wall Street Journal au sujet de la décision de l’administration Bush de rendre publique la plupart des documents secrets de Saddam Hussein. Ceci permettrait de connaître le rôle de l’ancien dictateur dans l’organisation de l’insurrection, estime le journal conservateur, voire d’évaluer ses connections avec les terroristes islamistes, « comme certains documents déjà traduits le suggèrent »…
Le New York Times note, non sans ironie, le premier pas encourageant vers des discussions diplomatiques directes mais limitées entre les Etats-Unis et Téhéran, par le biais de l’Ambassadeur Américain Khalilzad à Bagdad, le jour même où l’Administration Bush souligne que Téhéran demeure la principale menace pour la sécurité des Etats-Unis à l’occasion de la publication du « National Security Strategy ». L’éditorial du quotidien new-yorkais se félicite de cette évolution bien que les discussions soient encore limitées à la question iraquienne.
3. Le « National Security Strategy » et la réaffirmation de la doctrine de « guerre préemptive ».
Alors que le Président Bush a dévoilé cette semaine la « National Security Strategy » de son Administration, plusieurs media ont réagit à la réaffirmation du principe de « guerre préemptive », énoncée par le Président américain au lendemain du 11 septembre 2001. Le Los Angeles Times juge sévèrement le maintien de cette doctrine par le Président Bush, qualifiant « d’erreur stratégique » la poursuite d’une politique initiée depuis le « controversé National Security Strategy de 2002 ». Le quotidien s’inquiète des références à l’utilisation de l’arme nucléaire dans le cadre d’une guerre préemptive contre le terrorisme et tout particulièrement alors que la « stratégie annoncée continue à justifier des attaques préemptives basées sur un renseignement qui pourrait être peu concluant ». Cela ne peut mener qu’aux conséquences redoutées par le Président Bush conclut l’éditorial, puisque cette doctrine est à même d’encourager l’Iran ou la Corée du Nord à acquérir une force nucléaire dissuasive. « En considérant l’Iraq comme un succès, le Président Bush renouvelle la politique d’attaque préemptive » regrette également USA Today, qui consacre sa première page au sujet. Au contraire estime le quotidien, « la capacité des Etats-Unis d’avoir recours à une attaque préemptive a été mise à mal par l’intervention en Iraq », Washington étant désormais considéré comme « un petit tyran et ses services de renseignements suspects ». Cette doctrine ne saurait être valable, poursuit USA Today, que « devant l’imminence de la menace, sur la foi de renseignements dûment validés et le recours à la force jugé absolument indispensable ».
(N° 389/06/AT/EG) Ambassade de France aux Etats-Unis, le 17 mars 2006
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