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SYNTHÈSE DE LA PRESSE AMÉRICAINE

du 4 au 10 mars 2006

1. La crise nucléaire iranienne

Le recours de la communauté internationale à l’autorité du Conseil de Sécurité est unanimement soutenu par la presse américaine. En réponse aux critiques des commentateurs (et notamment celles du New York Times) qui ont jugé que l’accord sur le nucléaire civil signé entre les Etats-Unis et l’Inde mettait en péril la non-prolifération, Frank Gaffney Jr, président du Center for Security Policy, tient à recadrer le débat dans le Washington Times, en soulignant la responsabilité de l’Iran et de la Corée du Nord dans le traitement qui leur est réservé. L’analyste poursuit : « on ne doit plus maintenir la fiction du Traité de Non-Prolifération Nucléaire » mais lui préférer « comme alternative, le changement de régime ». Pour Alan Dowd (chercheur au Sagamore Institute for Policy Research), Washington a déjà fait preuve de patience, un « facteur qui a contribué à construire un consensus international en faveur de la transmission au Conseil de Sécurité ». Dénué de relations formelles avec Téhéran et après l’expérience iraquienne, Washington a logiquement délégué la responsabilité des négociations à l’Europe, sans pour autant minimiser la menace; et Dowd de saluer cette attitude qui a « permis d’isoler Téhéran ». Le Washington Post a, pour sa part, des mots très durs contre les « fausses » tentatives de conciliation de la Russie et l’IAEA et les propositions formulées par Téhéran. L’éditorial du quotidien approuve le rejet de « l’apaisement » choisi par l’Administration Bush et suivi par la France et la Grande Bretagne. Sans exclure une solution diplomatique, celle-ci ne saura être effective que si « elle passe par New York » avec « une pression accrue sur Téhéran ».

Le New York Times juge avec ironie la préférence américaine pour un recours au Conseil de Sécurité, alors « même que Washington avait snobé cette instance à propos de l’Iraq » et se montre peu convaincu de son efficacité, « ses membres étant peu enclins à s’accorder sur des sanctions, compte tenu de la dépendance de certains d’entre eux du pétrole iranien ». Pour autant, cette « option reste valide » ajoute-t-il, notamment « en regard des autres alternatives possibles ». Le quotidien réitère ses critiques à l’encontre de la politique poursuivie par les Etats-Unis en la matière. L’accord avec l’Inde sape tout contrôle international sur la prolifération nucléaire (« c’est exactement le mauvais message à envoyer en ce moment ») et « les politiques américaines au Moyen-Orient ont contribué à accroître la puissance de l’Iran [...] tout en éliminant virtuellement toute marge de manœuvre pour un déploiement de troupes américaines ». L’analogie entre la situation actuelle et les échanges qui ont prévalu entre Washington et Bagdad avant l’invasion de l’Iraq est également soulevée par USA Today qui évoque « un sentiment de déjà vu ». Le quotidien insiste sur le précédent iraquien qui a prouvé que « le meilleur moyen d’adresser une menace étrangère est par une réponse internationale coordonnée, quel qu’en soit la difficulté ». Face à la menace iranienne d’infliger « du mal et de la douleur », le Président Bush « devra faire preuve de patience et de diplomatie » conseille le journal pour lequel l’espoir d’un compromis repose sur une « combinaison de sanctions, de diplomatie et de menace militaire ».

2. Iraq

Alors que les critiques de l’administration Bush et de sa gestion de l’après-guerre en Iraq se font plus virulentes, le Wall Street Journal semble une nouvelle fois tenté de justifier le déclenchement de l’offensive américaine en 2003 : « les Etats-Unis et leurs alliés ont déposé un dictateur dont les méthodes et les objectifs étaient proches de celles des Nazis [...] », soutient-il, en appelant les opposants à la guerre et à l’occupation de l’Iraq à se souvenir du massacre de Dujail en 1982, largement comparable, selon le quotidien, à celui de Lidice perpétré par les troupes nazies en 1942.

Pourtant, pour certains quotidiens libéraux, la situation des troupes américaines en Iraq laisse peu de place à l’optimisme. Le Los Angeles Times dénonce ainsi les « platitudes » présidentielles, et explique que « l’hypothèse de l’administration selon laquelle la guerre mènerait à l’édification d’un Iraq prospère et démocratique que jalouserait l’ensemble du Moyen-Orient semble à présent pour le moins douteuse ». Dans un article publié à la fois par le Chicago Tribune et le Baltimore Sun, Steve Chapman revient également sur la « nonchalance » de l’administration, caractérisée par une présentation largement optimiste des progrès réalisés en matière de stabilité et de gouvernement démocratique, pour l’opposer au « désenchantement populaire » illustré par les sondages récents, dont celui révélant la volonté d’une majorité de soldats américains en Iraq de retirer les troupes au cours des six prochains mois. « Ceux qui soutenaient la guerre ne peuvent plus prétendre représenter la majorité silencieuse des Américains », proclame le journaliste. Un sondage réalisé par le Washington Post et ABC News fait d’ailleurs état des inquiétudes croissantes du peuple américain à l’égard de la situation iraquienne, en annonçant des taux élevés d’opinions défavorables pour la Maison Blanche comme pour le Congrès, et en se faisant l’écho d’un « déclin brutal de l’optimisme ». Selon ce sondage, 80% des personnes interrogées estimeraient « probable » une dérive du conflit entre Chiites et Sunnites qui déboucherait sur une guerre civile, tandis que pour 56% des sondés, aucun « progrès significatif » ne serait réalisé par les Etats-Unis en matière d’ordre en Iraq. Ajoutant leur voix à cette vague de doutes et de critiques, Jonathan Finer et Omar Fekeiki (Washington Post) consacrent un article aux séquelles psychologiques et aux traumatismes subis par une majorité d’Iraquiens depuis l’invasion américaine et son cortège de représailles sectaires et d’attentats-suicides. Pour sa part, Scott Peterson (Christian Science Monitor) décrit la « crise du leadership iraquien » et l’extension du mandat du Premier ministre Ibrahim al-Jafari.

3. DP World et les ports américains

L’annonce de la prise de contrôle de six ports américains par DP World, une compagnie des Emirats Arabes Unis, a continué de mobiliser les commentateurs. Nombre de voix sont inquiètes des conséquences que pourrait avoir cette prise de contrôle et ont appelé le Congrès à étudier l’affaire avec soin. Le passé des Emirats Arabes Unis et les connexions au sein du pays avec des filières terroristes islamistes inquiètent Lindsay Graham, Sénateur républicain de la Caroline du Sud, qui s’exprime dans le Washington Times. L’ensemble des quotidiens a ainsi noté la volonté du Parti Républicain de bloquer l’accord au cours de l’étude de la proposition par le Congrès. Les encouragements à un rejet de l’accord passé abondent selon le Washington Times pour lequel ils sont autant d’« appels bienvenus à un renforcement de la sécurité des ports » américains. « Les Républicains sont en train de couler l’accord » écrit Gwyneth Shaw, dans le Baltimore Sun. Le rejet du projet par le comité d’appropriation de la Chambre des Représentants est « un message clair envoyé à la Maison Blanche » (Washington Times), « une défiance vis-à-vis du Président » (Baltimore Sun). Il reste alors deux options au Président Bush, selon le Wall Street Journal : « accepter un compromis » ou utiliser un droit de veto qui provoquerait inévitablement « une épreuve de force avec une majorité de son propre parti ». Jonathan Weisman, du Washington Post, entrevoit les conséquences néfastes d’une épreuve de force entre le Président Bush et la Chambre des Représentants pour les prochaines “mid-term elections”.

La décision de DP World de se retirer de la gestion directe des ports a conduit la presse américaine à s’interroger sur les tendances protectionnistes démontrées par le Congrès et l’opinion publique américaine. Le Washington Post titre d’un réprobateur « êtes-vous contents maintenant ? » en qualifiant la tournure des événements de « fiasco ». « Il n’y a aucune raison de se réjouir » ajoute le Baltimore Sun. « L’épisode de Dubaï a été une débâcle de premier ordre » surenchérit le Wall Street Journal qui regrette que « la plus grande économie du monde [...] ait fait fi de tous ces investissements étrangers qui ont pourtant été cruciaux pour sa prospérité par le passé »; le quotidien économique espère que cet épisode n’aura été qu’« une hallucination passagère ». « Assurer la sécurité américaine est certes une tâche délicate », mais « les membres du Congrès doivent réaliser que l’augmentation du commerce avec le Moyen Orient est cruciale pour réduire les tensions dans la région et y améliorer l’image des Etats-Unis » constate le Los Angeles Times.


(N° 388/06/AT/EG)

Ambassade de France aux Etats-Unis, le 10 mars 2006