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SYNTHÈSE DE LA PRESSE AMÉRICAINE du 25 février au 2 mars 2006 1. Visite du Président Bush en Asie
La visite du Président américain en Inde et au Pakistan est l’occasion pour les media américains de juger de la nature des liens qui unissent Washington à ces pays. « Les Etats-Unis et l’Inde sont fait pour être ensemble, mais cela a pris du temps pour dépasser leur antipathie mutuelle » commente le Chicago Tribune. Le Washington Times note avec satisfaction la nouvelle alliance entre les Etats-Unis et l’Inde, qui remonte à la visite de Bill Clinton en 2000. Mais c’est le 11 septembre qui a été le catalyseur de la relation entre les deux pays ajoute l’éditorial qui souligne que « le plus extraordinaire, c’est que l’Administration Bush ait réussi à forger un nouveau partenariat militaire avec l’Inde et qu’en même temps, le Pakistan devenait un allié dans la lutte contre le terrorisme ». C’est un succès pour Bush conclut le quotidien qui relève toutefois une note discordante : la relation de New Dehli avec Téhéran. David Ignatius (Washington Post) profite de l’actualité pour comparer l’Inde à son voisin iranien, « l’alpha et l’omega, le rêve et le cauchemar », la différence fondamentale entre les deux pays étant le « rôle stabilisateur que l’Inde veut jouer sur la scène régionale » explique le commentateur. Cette ouverture est dans l’intérêt des Etats-Unis juge le Baltimore Sun, qui pondère toutefois son jugement en évoquant « la faveur que le Président Bush veut donner à New Dehli » en matière nucléaire. L’éditorial du Los Angeles Times apporte également une note discordante en estimant que « le prix payé par le Président Bush pour resserer les liens avec l’Inde est trop important ». Le quotidien s’inquiète des conséquences d’un accord nucléaire entre les deux pays : celui-ci peut mettre à mal le TNP, tout en envoyant un « signal négatif » à l’Iran et à la Corée du Nord pour qui ce « traitement différencié » ne ferait que « confirmer le fait que l’Administration Bush ne croit pas à la non-prolifération ». Le conservateur Wall Street Journal souligne aussi le « précédent » qui pourrait être instrumentalisé par Pyongyang et Téhéran. « Toutes les barrières ne sont pas encore levées » ajoute le quotidien qui, comme USA Today, attend de voir la réaction du Congrès. L’analyse de Steven Weisman, dans le New York Times, s’attarde sur le scepticisme des représentants politiques américains, les conservateurs s’inquiétant des répercussions auprès des Iraniens et les libéraux regrettant le manque de considération accordé à la question de la non-prolifération nucléaire. Le New York Times se montre d’ailleurs très hostile à l’accord sur le nucléaire et appelle le Congrès à « le tuer » au cours de la procédure d’approbation. Le quotidien regrette amèrement la « décision mal tournée » du Président Bush de partager des technologies nucléaires civiles avec New Dehli, au cours d’un voyage organisé, malgré les apparences, autour de ce « mauvais accord ». Le commentateur Bob Herbert le juge « épouvantable » et déplore « le nouveau pas vers une course accélérée au nucléaire en Asie ». Face aux réactions mitigées, le Washington Post détaille les avantages de l’accord signé : contrôle accru des installations de nucléaire civil par les instances internationales et surtout « une relation plus proche avec la démocratie la plus peuplée, une puissance émergente […] et un contre-poids à l’Islam militant et à la Chine ». Le quotidien poursuit en reprenant les propos de l’Administration américaine pour qui le cas indien « est une exception et non pas un précédent » car, contrairement à l’Iran et à d’autres pays, l’Inde n’a jamais signé le Traité de Non-Prolifération et s’est distingué de « l’irresponsable Pakistan » en gagnant « la confiance et le droit de posséder la bombe nucléaire ». Le Washington Post conclut en ses termes : « Après avoir négocié l’accord, l’Administration Bush doit désormais le vendre auprès de ses partenaires ». La presse ne se montre pas aussi enthousiaste à l’encontre du Pakistan, contrastant avec la mise en exergue des liens qui unissent les Etats-Unis à la « plus grande démocratie du monde » indienne. Ainsi, le Washington Post exhorte les Etats-Unis à « cesser leur soutien inconditionnel au Général Musharraf et à commencer à organiser la suite démocratique ». Pour Mahnaz Ispahani, du Council on Foreign Relations (Wall Street Journal), les Etats-Unis « ne peuvent [cependant] pas se permettre de se désengager de leur relation avec le Pakistan » et se doivent donc de mener une « politique plus nuancée, avec davantage de contacts avec l’ensemble des autorités pakistanaises », moins axée autour du Général Musharraf. L’analyse du Chicago Tribune est tout aussi contrastée. C’est le « timing » de la visite qui n’est pas opportun, alors que le sentiment anti-Américain prédomine. Mais si « le Président Bush se rend en Inde, alors il se doit également de visiter le Pakistan » note Kim Barker, dans le quotidien, qui écrit que « cette visite est le moyen de renforcer la crédibilité du président Musharraf sur la scène internationale ». Le New York Times juge pour sa part ce voyage au Pakistan tout simplement « inutile » au vue de la situation tendue (« le pays est au niveau zéro dans sa lutte contre le terrorisme » à l’image du récent attentat contre un diplomate américain à Karachi) et de l’impossibilité pour Islamabad de bénéficier du même traitement que son voisin indien.
2. Iraq
« Guerre civile » : ces mots étaient cette semaine sur toutes les lèvres et dans toutes les colonnes, celles des chroniqueurs, des éditorialistes et des envoyés spéciaux américains en Iraq. « L’Iraq entre dans l’une de ses périodes les plus sombres […] depuis la chute de Saddam Hussein », s’inquiète par exemple le Washington Times, qui reproche au gouvernement irakien de vouloir faire porter la responsabilité des violences des jours précédents aux Etats-Unis. La presse américaine avançait en effet le chiffre de 1.300 morts en moins de trois jours, victimes des représailles anti-sunnites perpétrées suite à l’attentat ayant endommagé le mausolée chiite de Samarra. Les responsabilités seraient néanmoins partagées, explique le New York Times, qui se refuse à ne les imputer qu’aux terroristes ou à « l’ambivalence hésitante des leaders politiques sunnites », et dénonce la ligne politique adoptée par des leaders chiites « ambitieux et vindicatifs », peu enclins à accepter les compromis constitutionnels proposés au cours de l’année passée. De même, pour le Washington Times, deux priorités s’imposeraient actuellement au gouvernement irakien en vue d’éviter l’éclatement d’une véritable guerre civile : continuer à combattre les terroristes, mais aussi mettre un terme aux tortures pratiquées sous l’égide du ministre chiite de l’intérieur, et dont plusieurs centaines de sunnites ont déjà été victimes. Michael Rubin (American Enterprise Institute) se tourne lui vers l’administration Bush, à laquelle il reproche dans le Wall Street Journal de ne pas avoir développé en Iraq une véritable guerre de l’information ni même une stratégie efficace visant à contrer la propagande iranienne, qui serait particulièrement active dans les régions chiites les plus pauvres. « Les autorités iraniennes reproduisent en Iraq la stratégie ayant permis au Hezbollah de prendre le contrôle du Sud Liban dans les années 1980 », suggère l’ancien conseiller de l’Autorité provisoire de la Coalition à Bagdad. Il n’est d’ailleurs pas le seul à évoquer l’Iran comme l’une des menaces les plus dangereuses à la stabilité du pays, ni même à se référer au spectre de la guerre civile, qui avait ravagé le Liban. Steven R. Weisman, dans un long article du New York Times intitulé « A quoi pourrait ressembler une guerre civile ? », note que l’Iraq, pas plus que le Liban, ne pourrait se priver d’une intervention étrangère pour mettre un terme à une éventuelle guerre civile entre communautés religieuses. Sur la question du retrait des troupes américaines, Steven R. Weisman redoute que l’aggravation des antagonismes communautaires voire une guerre civile ne poussent les troupes américaines à se retirer précipitamment et dans leur totalité. Cela offrirait aux terroristes islamistes un sanctuaire inespéré au centre sunnite de l’Iraq, dans ce que l’éditorialiste du quotidien new-yorkais envisage d’ailleurs comme un possible « no man’s land » entre les populations chiites au sud et kurdes au nord. Dans l’immédiat, une aggravation des violences tendrait plutôt à remettre en cause le retrait d’une partie des troupes prévu pour 2006, estime néanmoins Mark Mazzetti dans le Los Angeles Times. Enfin, à propos du rôle joué par les Etats-Unis sur la situation irakienne, l’optimisme semble dominer parmi les quelques journalistes s’exprimant sur la question. Outre le rôle actif joué par l’Ambassadeur américain sur place, certains à l’instar de Nelson Hernandez dans le Washington Post, considèrent que l’appel au calme lancé par le Président Bush le samedi 25 février aurait eu une influence décisive sur la décision des leaders sunnites de reprendre part aux discussions organisées par le Président Jalal Talabani. Victor Davis Hanson (Wall Street Journal) insiste pour sa part sur les conséquences positives de la guerre en Iraq, se félicitant du mouvement de « réforme » qui serait visible tant en Iraq qu’« au Liban, en Egypte et dans le Golfe », et louant le rôle joué par les soldats américains en Iraq : « c’est en grande partie parce qu’ils combattent les djihadistes là-bas qu’il n’y a pas eu un autre 11 septembre ici », affirme t-il.
(N° 387/06/AT/AV) Ambassade de France aux Etats-Unis, le 2 mars 2006
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