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SYNTHÈSE DE LA PRESSE AMÉRICAINE

du 18 au 24 février 2006

I. Commentaires sur le Hamas et la situation palestinienne

La presse américaine continue à s’interroger sur la position à adopter vis-à-vis du Hamas. Jimmy Carter appelle à « ne pas punir les Palestiniens ». Dans une tribune publiée dans le Washington Post, l’ancien président américain relativise les conséquences de la victoire du Hamas, en rappelant que le Président Mahmoud Abbas conserve un pouvoir de veto, et estime que « l’élection des candidats du Hamas ne peut affecter irrémédiablement les pourparlers de paix, puisque ces négociations sont inexistantes depuis cinq ans ». Il souligne que seule la population palestinienne serait pénalisée si les Etats-Unis ou Israël retiennent les fonds destinés à la Palestine. Pour Amira Hass (correspondant à Ramallah du journal israélien Haaretz) dans le Los Angeles Times, les Palestiniens se font « tout simplement voler par Israël » et ils pourraient alors « avoir une raison supplémentaire de considérer Israël comme une puissance occupante agressive et répressive ». La commentatrice turque Tulin Daloglu (Washington Times) juge que la « sécurité des Etats-Unis serait en jeu » si Washington « faisait preuve de peu de considération pour les résultats des élections palestiniennes ». Le Dallas Morning News marque également sa préférence pour des négociations en appelant l’administration américaine à « donner une chance à la politique » avant d’avoir recours à des sanctions.

Le Washington Times met en garde contre les tentations de voir un « nouveau Hamas » après sa victoire électorale et critique notamment les Européens qui pourraient bien y conclure à la nécessité de ne pas l’isoler, de la même façon qu’ils avaient plaidé en faveur de Yasser Arafat. Le Washington Post regrette quant à lui la « confusion » qui règne autour de la position du Quartet vis-à-vis du Hamas. L’invitation du président russe Vladimir Poutine a « ouvert une vanne de sécurité ». L’initiative « rapidement soutenue par la France » a « brisé l’embargo diplomatique autour du Hamas » qui n’aurait plus besoin désormais que d’assurer ses sources de financements.

II. Le débat sur les caricatures et la liberté de la presse

Le Washington Post a publié une longue tribune de l’éditeur du Jyllands-Posten, Flemming Rose, qui revient sur la polémique et justifie ses choix éditoriaux. Sans pour autant se déclarer partisan d’une liberté d’expression aboslue, il explique sa décision de publier les caricatures qui ont fait fureur, en réponse à différents signes d’autocensure et d’intimidation en Europe.

La presse conservatrice campe sur une ligne de défense d’une liberté totale d’expression, à cette occasion comme pour critiquer la condamnation à une peine de prison du négationniste David Irving en Autriche. Dans le Wall Street Journal, William J. Bennett, ancien Secrétaire à l’éducation déplore « l’échec de la presse » qui a « non seulement trahi ses devoirs mais aussi ses responsabilités », relevant que seuls trois journaux ont suivi « leur vraie vocation » : l’Austin American-Statesman, le Philadelphia Inquirer et le New York Sun. L’auteur de la tribune rejette alors les arguments de tolérance et de respect avancés par le Boston Globe, en évoquant la publication régulière de caricatures véhiculant des stéréotypes juifs (dans la presse des pays arabo-musulmans). Suzanne Fields, du quotidien conservateur Washington Times, juge à l’occasion de la condamnation d’Irving que « même les discours les plus odieux ne doivent pas être censurés ».

Le Christian Science Monitor a réservé une large place au débat, apportant sa voix à celles qui veulent défendre la liberté d’expression et la liberté de la presse. Le quotidien regrette « que les menaces [aient] couvert la voix de ceux qui chérissent habituellement la liberté [d’expression] » et encourage l’Occident à « la constance dans la défense de ses valeurs ». Tout en ayant refusé la publication des caricatures incriminées, comme la majorité des quotidiens américains, il ouvre toutefois ses colonnes au professeur Jonathan Zimmerman de la New York University, qui s’exprime en faveur de la publication des caricatures dans les media américains, arguant que la « plus grande marque de respect que l’on peut montrer à cette grande religion [l’Islam] est de la soumettre à la même analyse et parfois à la même satire que les autres religions ».

III. Controverse autour de la prise de contrôle de six ports américains par DP World

Le rachat de la compagnie britannique Peninsular & Oriental Steam Navigation Co. par Dubai Ports World a déclenché une vive controverse. L’on assiste, relèvent de nombreux commentateurs, à l’alliance improbable de représentants du Congrès conservateurs et démocrates, unis par une volonté commune de s’opposer à la prise de contrôle de six ports américains par la compagnie des Emirats Arabes Unis, et de contrer la menace de veto brandie par George W. Bush. « Bush et le Congrès s’affrontent sur la question des ports », titre le Wall Street Journal, tandis que pour le Washington Post « on sait qu’il se trame quelque chose quand de nombreux membres du Congrès – de la Chambre [des Représentants], du Sénat, Démocrates, Républicains et présidentiables en tous genres – s’unissent spontanément autour d’une question dont aucun d’entre eux n’avait connaissance une semaine plus tôt ».

La question semble d’ailleurs transcender les media autant que la sphère politique. La presse conservatrice apparaît tout autant divisée que le parti Républicain, avec d’une part l’opposition du Washington Times à l’implantation de la DP World sur le sol américain, et d’autre part son approbation par le Wall Street Journal. Le premier, sous la plume du rédacteur en chef du Times Wesley Pruden, reproche en effet à Michael Chertoff sa volonté de « défendre l’indéfendable » et dénonce l’« hospitalité » des EAU à l’égard des « recruteurs d’Al Qaeda », tandis que son éditorialiste n’hésite pas à évoquer « une compagnie appartenant au gouvernement d’une région hostile ». C’est la position inverse qui est adoptée par le Wall Street Journal, qui développe dans ses colonnes une argumentation tendant à montrer que la sécurité des Etats-Unis ne serait pas affectée par le travail de la compagnie DP World, et s’insurge à plusieurs reprises contre la « discrimination » qui pourrait porter préjudice à l’un des alliés dans la guerre contre le terrorisme.

Au sein de la presse libérale, les divisions sont parfois même internes, mais certains n’hésitent pas à critiquer l’islamophobie qui serait sous-jacente dans l’oppositon à cette opération. Beaucoup considérent que « Bush récolte ce qu’il a semé » (New York Times) en misant sur la peur après le 11 septembre. Le New York Times affiche sans ambiguïté son opposition à la prise de contrôle des ports américains par un Etat doté de « résultats inégaux dans la guerre contre le terrorisme », mais le chroniqueur conservateur David Brooks critique cette position : « Les EAU sont un espace de modernisation et de mondialisation », clame-t-il, tout en dénonçant une « hystérie xénophobe » dont les retombées pourraient être néfastes pour les Etats-Unis. C’est également la position adoptée par le Washington Post mais aussi, de façon plus nuancée, par le Los Angeles Times voire le Baltimore Sun, qui y voit un faux-débat animé notamment par certains Démocrates désireux de marquer leur fermeté sur les questions du terrorisme et de la sécurité : « Dans le monde post–11 septembre, il n’est guère difficile d’effrayer le peuple américain », conclut-il.

IV. Les violences en Iraq

Suite au dynamitage du mausolée chiite de Samarra mercredi et les violences qui s’ensuivent, les quotidiens sont préoccupés par les risques de « guerre civile » en Iraq. Pour le New York Times, « avant que la situation ne dégénère, les responsables iraquiens de toutes les communautés et groupes religieux doivent exercer leur influence afin d’apaiser la situation ». La menace d’un conflit interne est bien réelle pour USA Today dans « le contexte déjà délicat de la formation d’un gouvernement d’unité nationale ». Il est trop tôt pour en juger, estime le Baltimore Sun, mais cela ne serait pas étonnant pour autant alors que « les divisions ethniques et sectaires menacent l’Iraq depuis l’invasion américaine ».

Les journaux constatent de manière unanime que « les violences en Iraq mettent la politique américaine et la stratégie militaire sous pression » (New York Times). « Les espoirs américains d’unité en Iraq sont mis à mal par les violences » reprend le Wall Street Journal, qui considère que Washington détient les clefs de la solution au problème mais qu’il va « devoir faire preuve de patience ». La marge de manœuvre de l’Administration américaine se trouve désormais « bien limitée » regrettent toutefois USA Today et le Los Angeles Times qui appellent à une plus grande mobilisation des pays voisins.


(N° 386/06/AT/AV)

Ambassade de France aux Etats-Unis, le 24 février 2006