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SYNTHÈSE DE LA PRESSE AMÉRICAINE

du 11 au 17 février 2006

1. Controverse sur les caricatures de Mahomet

C’est essentiellement la presse américaine conservatrice qui a poursuivi la réflexion sur « l’affaire des caricatures ».

Le Wall Street Journal compare ainsi, dans un éditorial, le droit « absolu » de caricaturer les religions avec celui de publier un certain nombre de contenus à caractère pornographique, et prend note de la nécessité, aussi, de déterminer ce qu’il est « approprié » de diffuser dans une « publication sérieuse ». Mais davantage que la liberté de la presse, la question soulevée est selon le journal celle de la pertinence d’une analyse en termes de « choc des civilisations », largement mise en avant par la presse au cours de ces dernières semaines ; le quotidien économique prend ses distances en soulignant l’« effort orchestré par des régimes intolérants, de connivence avec les religieux fondamentaux » dans le déclenchement des violences au sein du monde musulman. Tod Lindberg, dans le Washington Times, adhère lui aussi à cette idée d’une manipulation des foules plutôt qu’à un choc des civilisations. Pour Tony Snow, dans le même quotidien, les violentes réactions de certains musulmans en Afghanistan, en Syrie, au Liban et au Pakistan s’expliqueraient par l’inactivité de ces populations très jeunes, touchées par des taux de chômage records et par là même extrêmement vulnérables à la propagande de certains imams, dont le danois Abu Laban. Les causes de ces violences seraient donc davantage sociales que culturelles.

Ce n’est toutefois pas l’avis de Victor Davis Hanson (Washington Times) qui en reste au parti-pris d’un choc des civilisations lié à l’«hypersensibilité du Moyen-Orient sur tout ce qui touche à la religion – ou à l’honneur » ; Hanson rejette tout d’emblée toute forme d’auto-censure, laquelle ne saurait être à ses yeux que le résultat de la peur des occidentaux face à l’islamisme. Max Boot, ancien éditorialiste au Wall Street Journal et qui publie une tribune régulière dans le Los Angeles Times, juge lui aussi les réactions dans le monde musulman avec sévérité. « Le plus triste dans toute cette affaire des caricatures n’est pas l’intolérance face à la liberté de la presse affichée sur les terres musulmanes », explique t-il. « C’est la volonté de tant de musulmans – même ceux qui en aucun cas ne brûleraient un consulat ou ne menaceraient un rédacteur en chef – de rendre l’Occident responsable de leurs propres échecs ».

La presse libérale reste quant à elle majoritairement silencieuse, si ce n’est la publication par le Washington Post d’une longue revue chronologique des évènements, allant de la première apparition des douze caricatures dans le Jyllands-Posten à la situation que l’on connaît aujourd’hui. Le Washington Post a par ailleurs ouvert ses colonnes dimanche à Flemming Rose du magazine danois. Notons enfin l’intervention dans le Baltimore Sun du Représentant démocrate Albert R. Wynn, qui en appelle à la « retenue » et à la « responsabilité » des journalistes, mais aussi au « jugement », au « goût » et au « respect » à l’égard des valeurs et des religions des autres.

2. Iraq

La presse ne cache pas sa déception suite à la désignation par l’Alliance chiite d’Ibrahim Jaafari comme candidat à sa propre succession. Le bilan de l’actuel premier ministre est en effet dépeint par le New York Times comme « un échec spectaculaire sur tous les fronts », et sa nomination comme une trahison pour les Irakiens en quête d’un nouveau départ. Le quotidien new-yorkais insiste également sur le soutien essentiel lui ayant été apporté par Moktada al-Sadr, dont l’influence « grandissante et destructrice » lui aurait fourni la moitié des suffrages dimanche dernier. De même, le Washington Post fait état d’un premier ministre « faible et impopulaire », dont la réélection retarderait encore les changements voulus par les Irakiens, de même qu’elle compliquerait la formation d’un gouvernement d’ « unité nationale » souhaitée par l’administration Bush. Le Christian Science Monitor, bien qu’également déçu par la perspective d’une réélection d’Ibrahim Jaafari, fait tout de même preuve d’optimisme en souhaitant que les pressions financières américaines « persuadent les leaders chiites de faire de meilleurs choix pour les autres postes importants, en particulier les postes-clefs de ministres de l’intérieur et de la défense ».

Du côté conservateur, la réaction du Wall Street Journal apparaît sensiblement différente : rappelant que le gouvernement de transition d’Ibrahim Jaafari n’aura été au pouvoir que quelques mois, il souligne les bienfaits d’un « certain degré de continuité » dans la vie politique irakienne, et loue les qualités du premier ministre : « aimé du public irakien et des autres leaders politiques », non-corrompu, prêt à « déléguer le pouvoir et à faire confiance aux compétences de ceux qui l’entourent » et, à l’époque, courageux opposant de Saddam Hussein.

Le retrait des forces américaines retrouve également sa place dans les tribunes de la presse américaine. Pour Nicholas D. Kristof (New York Times), il serait indispensable de fixer dès maintenant une date de retrait, ainsi que d’annoncer qu’aucune base militaire ne sera maintenue en Iraq à long terme. S’il n’est pas favorable à un retrait immédiat, il se prononce en revanche pour un plan de retrait en deux ans, afin de laisser aux troupes irakiennes le temps de consolider leur pouvoir tout en privant les insurgés de leur argument principal, celui de la défense de l’Iraq contre les « croisés yankees impérialistes ».

3. Positionnement par rapport au Hamas

Suite aux élections législatives dans les territoires palestiniens, les quotidiens américains poursuivent leurs analyses sur la situation au Proche Orient et tentent d’y évaluer les futures perspectives politiques. Le New York Times appelle la diplomatie américaine à « rester en retrait et à éviter de provoquer les Palestiniens », afin « de donner une chance au Hamas de s’engager dans une nouvelle voie ». Le quotidien propose un point de vue similaire, dans un article intitulé « Laissons le Hamas se noyer ou nager de lui-même », par la voix de Thomas Friedman pour qui « les actes importent plus que les déclarations ». Le Washington Post ouvre ses colonnes à Shibley Telhami, membre du Saban Center de la Brookings, qui juge que la « démocratie électorale au Moyen Orient mènera inévitablement à la domination des groupes islamistes ». Dès lors, la politique étrangère américaine doit composer avec cet élément en accordant aux groupes comme le Hamas le bénéfice du doute et « du temps pour engager des politiques viables ». Les voix conservatrices ne démordent pas pour autant de leurs positions traditionnelles. Le Wall Street Journal évoque ainsi les « amis du Hamas », en se référant aux invitations formulées par le Vénézuela et la Russie auprès des dirigeants de l’organisation palestinienne. Le Wall street journal ne peut s’empêcher d’attaquer la France (et l’Espagne) que le comité éditorial soupçonne d’agir en faveur d’une « légitimisation tacite du Hamas » , se félicitant au contraire de la politique suivie par Israël et les Etats-Unis visant « à isoler le Hamas en privant l’autorité palestinienne de tout financement si le parti extrémiste prend les reines du gouvernement ».

4. Iran et la question nucléaire

Pour le Chicago Tribune, « le dossier contre l’Iran continue à s’épaissir », le quotidien évoquant les récents rapports publiés par l’AIEA sur le nucléaire iranien. Le quotidien du Midwest, étonné par la récente unité démontrée par les Cinq du Conseil de Sécurité, se félicite de la position de fermeté adoptée par la France et souhaite « à Paris la bienvenue dans la vraie vie ». « Après avoir perdu la France », le quotidien espère que « Téhéran va perdre la Russie » et enjoint Moscou d’envoyer un signe fort à Téhéran en interrompant toute coopération nucléaire. Le Washington Times continue à marquer sa préférence pour une attitude « offensive » vis-à-vis de l’Iran. Une action militaire contre les installations nucléaires iraniennes serait bien sûr lourde de conséquences et pourrait aboutir à une situation très tendue et dangereuse pour les Etats-Unis et ses alliés au Proche et Moyen Orient. Toutefois, « le coût de l’inaction politique pourrait s’avérer plus important que les coûts d’une action » estime le quotidien, qui reprend les propos de Bob Joseph, du Département d’Etat, qui redoute de voir les autorités iraniennes permettre à des groupes terroristes islamistes d’accéder au chantage nucléaire. Moins belliqueux, le Christian Science Monitor s’intéresse au budget du Président Bush consacré au financement de la dissidence en Iran. « C’est la meilleure solution pour l’instant » juge le quotidien pour qui « les efforts du Président Bush pour libérer les Iraniens des leaders religieux doivent être [néanmoins] menés avec prudence » afin d’éviter l’embrasement de la communauté Chiite au Moyen Orient.


(N° 385/06/AT/EG)

Ambassade de France aux Etats-Unis, le 17 février 2006