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SYNTHÈSE DE LA PRESSE AMÉRICAINE

du 28 janvier au 3 février 2006

I. Discours sur l’Etat de l’Union du Président Bush

L’enthousiasme des éditoriaux de la presse américaine est pour le moins mesuré après le discours annuel sur l’Etat de l’Union prononcé par le président devant le Congrès. Les quotidiens s’accordent pour qualifier de « modeste » un discours qui reflète, selon eux, les difficultés auxquelles le Président Bush a dû faire face au cours de la première année de son second mandat à la Maison Blanche.

A défaut d’annonces nouvelles, la presse a particulièrement relevé une des phrases chocs du président américain : les Américains sont « intoxiqués au pétrole ». Le président a fait le constat que les Etats-Unis soient trop dépendants de « zones souvent instables » et bien sûr du Moyen-Orient, et souhaité une réduction des importations pétrolières de cette région de 75% d’ici 2025. Le New York Times a consacré un long éditorial à la question énergétique, regrettant le manque de propositions concrètes faites par le Président Bush en écho à son constat. Le Washington Post emboîte le pas du quotidien new-yorkais pour se désoler d’un manque général de nouvelles idées. Ainsi, l’éditorial du quotidien de la capitale estime que le Président Bush est surtout resté attaché à ses thèmes traditionnels en matière de politique étrangère, demeurant encore « ambitieux » sur l’Iraq et l’Afghanistan. Il déplore toutefois les « trous » dans le discours, avec des références restées « limitées » sur les menaces iranienne et nord-coréenne. Rachelle Cohen, du Boston Herald, s’est attardée sur le volet « démocratisation » du discours pour mettre en doute l’efficacité de cette politique. Pour elle, « le monde est dans un état plus inquiétant aujourd’hui », ce que le président « a dû reconnaître » alors qu’il exultait encore en 2005 en peignant un monde « plein de possibilités merveilleuses » tout en rappelant sa foi indéfectible dans les bienfaits de la démocratie.

Sur les sujets de politique intérieure, comme la santé et l’immigration, le Président américain n’a fait que des « des propositions modestes », écrit le Sacramento Bee. L’éditorial du quotidien à des mots très durs pour « l’insolence » de certaines propositions du président, tout comme le San Francisco Chronicle qui conclut son éditorial par cette remarque que « l’insolence semblait être le thème de la soirée ». Les thèmes de l’énergie et de la politique de santé ont retenu l’attention de USA Today et du Baltimore Sun qui estiment que le Président Bush a « revu ses objectifs et ses ambitions à la baisse ».

Le discours a été aussi l’occasion pour plusieurs éditorialistes d’envisager la fin du second mandat du Président américain. Le New York Times juge les idées présidentielles « insuffisantes » et encourage le chef de l’Etat à s’exprimer « avec plus de force et de passion » s’il veut « que ses dernières années [à la Maison Blanche] ne soient pas une lutte pour recadrer une suite d’échecs politiques. » Le Washington Post considère, pour sa part, que le discours a été « plus prudent et moins assuré que les années précédentes ». Le président américain a réalisé qu’il avait hypothéqué son avenir par ses choix en matière politique et budgétaire. Soumis à la pression d’une donne politique qui évolue à son détriment, George W. Bush a « montré moins d’ambitions à combattre les défis de l’Amérique » sur la scène politique intérieure comme internationale. Ronald Brownstein (Los Angeles Times) explique cette « timidité » par la volonté présidentielle de calmer le jeu au moment où les sondages le placent au plus bas depuis 2000. Au Baltimore Sun, qui titre « Three more years » (encore trois ans), la morosité prévaut devant la perspective redoutée d’une fin de mandat sur la défensive, voire d’un immobilisme, à l’image d’une année écoulée « particulièrement difficile ».

II. Iran

Les Etats-Unis et l’Europe ont bénéficié d’un « effet d’accélération » important avec le ralliement de la Chine et de la Russie en faveur d’une résolution, estime le Christian Science Monitor. Il semble que « la résolution de référer l’Iran au Conseil de Sécurité sera soutenue [de toute façon] par une majorité solide » écrit pour sa part John Ward Anderson (Washington Post), qui s’interroge néanmoins sur la nature du vote des seize membres issus du mouvement des non-alignés. Elaine Sciolino fait état des nouvelles menaces proférées par Téhéran qui mettra un terme à toute coopération « volontaire » si les 35 membres de l’AIEA décident d’en référer au Conseil de Sécurité. Le Wall Street Journal dépeint un monde où l’Iran serait une puissance nucléaire : Téhéran serait une menace directe pour la région avec sa capacité à perturber l’équilibre géopolitique du Golfe Persique, à influer sur l’OPEC et à menacer directement l’Europe et l’Arabie Saoudite ; enfin, un Iran nucléaire ne ferait qu’accroître le sentiment d’invulnérabilité des mollahs.

Alors que l’analyste David Ignatius, du Washington Post, évoque le rôle de la diplomatie franco-américaine dans la crise iranienne (« good cop-bad cop routine »), Yigal Schleifer (Christian Science Monitor) consacre un article au positionnement de la Turquie dans la crise actuelle. Il explique qu’Ankara a été le lieu d’un trafic diplomatique intense depuis plusieurs mois, avec la visite de nombreuses figures de l’administration américaine (Condoleezza Rice ou le directeur du FBI Robert Mueller) venues discuter du « rôle de la Turquie dans la restriction des ambitions nucléaires de l’Iran ». Le correspondent du Christian Science Monitor explique que si la Turquie et l’Iran partagent une culture et une frontière commune, la paix entre les deux pays (qui dure depuis des siècles) repose sur « l’équilibre délicat des deux puissances militaires ». Cela pourrait alors être remis en cause si l’Iran devenait une puissance nucléaire.

III. Hamas

Plusieurs jours après la victoire du Hamas lors des élections législatives palestiniennes, la presse américaine revient sur les conditions du scrutin et les attentes que l’on pouvait en avoir. Les commentateurs conservateurs et notamment les chroniqueurs du Washington Times ont à cœur de souligner le caractère prévisible de ce résultat : « la plus grande surprise […] est que tant de personnes aient été surprises », écrit Cal Thomas, tandis que Jack Kelly ne se dit ni surpris, ni alarmé. Pour David Brooks (New York Times), il s’agit de ne pas oublier que le choix des Palestiniens était limité à « deux mouvements révolutionnaires, l’un corrompu et l’autre attentif à leurs besoins », mais aussi que l’apprentissage de la démocratie ne se fait pas sans difficultés.

Comparant l’événement à l’arrivée au pouvoir, par la voie des urnes, d’Adolf Hitler, de Pol Pot ou de Slobodan Milosevic, la chroniqueuse du Washington Times, Helle Dale, juge de plus en plus probable une guerre civile entre Palestiniens ou un conflit avec Israël. Pour Jack Kelly, le « zèle islamo-fasciste du Hamas » aura du moins un coût financier élevé : la perte, à terme, des subventions occidentales dont bénéficiait largement le budget de l’Autorité Palestinienne, bien que le Quartet n’ait pour l’instant pas décidé de prendre de telles mesures.

Celles-ci reviendraient toutefois à « pousser les Palestiniens dans les bras de l’Iran », estime le New York Times. Pour Gal Luft dans le Baltimore Sun, « le seul moyen de briser l’attrait du Hamas n’est pas de le combattre mais de le mettre à l’épreuve et d’attendre son échec probable ». Optimiste, David Brooks prévoit même l’émergence d’un « mouvement véritablement démocratique », opposé au Fatah et au Hamas, et ce à condition que les Européens ne freinent pas ce mouvement « en refusant d’isoler le Hamas » ou « en pardonnant son radicalisme ».

Notons enfin la publication par le Washington Post d’un article rédigé par l’un des membres du bureau politique du Hamas, Mousa Abu Marzook, qui insiste sur la nécessité de mettre un terme à « la corruption et l’intransigeance du gouvernement précédent », de mettre en place des « institutions sociales », de promouvoir le pluralisme et la transparence, de « protéger les Palestiniens des abus de l’occupation », d’établir une nouvelle feuille de route et d’établir un dialogue fondé sur « la justice, le respect mutuel et l’intégrité des partis ». Il en appelle également au peuple américain et à sa tradition démocratique, pour que celui-ci demande la fin de l’occupation israélienne en vertu du « droit de tous les peuples à poursuivre leur propre destinée ».


(N° 383/06/AT/EG)

Ambassade de France aux Etats-Unis, le 3 février 2006