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SYNTHÈSE DE LA PRESSE AMÉRICAINE du 21 au 27 janvier 2006 I. Iran
La presse américaine étudie, de manière méthodique, les différentes options à la disposition de la communauté internationale, qui vont de l’action militaire au laissez-faire, en passant par la diplomatie ou encore l’embargo économique. Tous les commentateurs soulignent l’importance de la menace à laquelle Israël est confronté. Cette « escalade dangereuse », entre le terrorisme palestinien et le soutien affiché de Damas au président iranien Mahmoud Ahmadijenad, inquiète le Washington Times qui craint l’influence des « Islamo-fascistes à Téhéran ; une catastrophe géopolitique pour les Etats-Unis et le monde libre ».
David E. Sanger s’interroge dans le New York Times : « Pourquoi ne pas frapper l’Iran », et imagine le scénario d’une attaque ciblée par les Etats-Unis contre les installations liées au développement nucléaire iranien. Les inspections de l’AIEA ont permis de dresser le plan de la plupart des endroits stratégiques, rappelle le journaliste qui doute néanmoins des capacités américaines à gérer les suites d’une intervention militaire. David R. Sands (Washington Times) souligne, de la même manière, les différences entre l’Iraq et l’Iran, arguant du fait que les capacités défensives iraniennes, la taille de son territoire et sa production pétrolière font de l’Iran une cible militaire difficile, « alors que les forces américaines font déjà face à des demandes très lourdes en Iraq et en Afghanistan ». Le Detroit Free Press considère qu’une attaque serait une erreur, en ce « qu’elle galvaniserait le sentiment anti-américain au Moyen Orient et qu’elle mettrait à mal la guerre contre le terrorisme », un sentiment partagé par le pacifique Christian Science Monitor (« aucune méthode n’est sûre avec l’Iran, mais gardez l’option militaire pour la fin »). De plus, les analystes concèdent qu’une attaque ne garantirait pas la destruction totale des structures en Iran et ne ferait que repousser l’aboutissement du programme nucléaire de Téhéran de quelques années. Mais ce laps de temps « pourrait être assez long pour voir le régime imploser » suggère Max Boot, du Los Angeles Times, à défaut « d’une nouvelle révolution iranienne » à court terme.
D’autres commentateurs, comme Ivo Daalder et Philip Gordon de la Brookings Institution (Washington Post), s’accordent pour préférer une politique offensive à l’encontre de Téhéran, bien qu’ils excluent l’emploi de la force armée, préférant imposer des sanctions économiques sévères à l’encontre de l’Iran en estimant que si la Russie, la Chine et l’Inde s’y refusent, « l’Europe et les Etats-Unis ont [néanmoins] la capacité d’isoler l’Iran ».
De façon unanime, la presse américaine se refuse à envisager que Téhéran puisse devenir une puissance nucléaire. Cela conforte certains commentateurs, comme Tod Lindberg de la Hoover Institution, dans leurs doutes quant à l’opportunité et l’efficacité des sanctions émanant du Conseil de Sécurité, une « option qui reviendrait à accepter un Iran nucléaire » (Washington Times). Seul Ted Galen Carpenter (Cato Institute) envisage, dans le Baltimore Sun, la possibilité de laisser l’Iran acquérir la bombe nucléaire, arguant « que les sanctions ne marcheront certainement pas et qu’une attaque militaire est bien trop dangereuse ». Il explique qu’à l’image de l’expérience américaine avec la Chine dans les années 60 et 70, l’Iran serait de toute façon découragé de recourir à toute attaque nucléaire par le pouvoir de rétorsion des Etats-Unis. Ce cas de figure est d’autant plus envisageable, estime son auteur, que « l’Iran sous M. Ahmadinejad, n’est pas un système centralisé comme l’Allemagne de Hitler […], où une seule décision humaine pouvait plonger la nation dans une guerre ». La presse en profite pour interpréter les positions prises par les interlocuteurs internationaux de Téhéran et pour juger leurs responsabilités. Alors que plusieurs commentaires font état de la « satisfaction affichée par les Européens face aux prétention iraniennes » (Ivo Daalder et Philip Gordon de la Brookings Institution, Washington Post) ou de « l’échec des Européens de persuader les mullahs d’abandonner leur rêve nucléaire », « leur donnant [ainsi] le temps nécessaire pour mieux camoufler et protéger leurs sites de production et de recherche » (Max Boot, Los Angeles Times), Flynt Leverett, ancien membre du National Security Council, juge que l’attitude de l’administration Bush depuis 2001 a « restreint les possibilités de la diplomatie entre l’Iran et les Etats-Unis » aboutissant à « l’impasse stratégique » actuelle. Il cite alors le discours sur l’Etat de l’Union de Bush en 2002 en réponse à la proposition iranienne d’aider au renversement des Talibans ou le refus de Washington de participer aux négociations aux côtés des Européens depuis 2003.
L’attitude de la Russie et de la Chine reste l’autre grande inconnue pour les media américains. Malgré des contacts réguliers sur la question iranienne et un point de vue partagé sur le refus de voir l’Iran accéder à l’arme nucléaire, « le soutien de Pékin au Conseil de Sécurité n’est pas assuré » pour autant, selon Joseph Kahn dans le New York Times.
II. Elections palestiniennes
Suite à la victoire inattendue du Hamas aux élections législatives palestiniennes, le Washington Post titre « le Hamas balaie les élections palestiniennes, compliquant l’effort de paix au Proche-Orient » et le New York Times « le Hamas a mis le Fatah en déroute, soufflant un nuage sombre sur le processus de paix », en écho à l’ensemble de la presse américaine. La déception est de mise chez les commentateurs, à l’image du New York Times qui regrette « le pas de géant en arrière » ou du Washington Times qui juge « comme impossible toute possibilité de négociations de paix israélo-palestiniennes à court terme ». Le quotidien new-yorkais espère que le Hamas reproduira le schéma d’évolution que fut celui du Fatah, passant du statut d’organisation terroriste à celui d’interlocuteur politique. Mais il reste toutefois très pessimiste quant aux possibilités de dialoguer avec le Hamas, alors que le Washington Times refuse un tel scénario, expliquant « que les leaders du Hamas ne font que nourrir les illusions [des media] en faisant des déclarations ambiguës ».
Malgré l’étonnement de la presse face au résultat, le Wall Street Journal considère cette nouvelle comme « peu surprenante », au vu de la gouvernance exercée par le Fatah jugé « corrompu, inefficace et dictatorial jusqu’à la mort de Yasser Arafat en 2004 ». La responsabilité de « l’Occident » n’est pas absente pour autant, le quotidien conservateur critiquant la diplomatie « réaliste » de soutien à « un homme fort » (Yasser Arafat). L’éditorial conjure l’administration américaine de « résister à la tentation, venant des Européens, d’inciter Israël à négocier avec le Hamas comme elle l’a fait avec Arafat ».
« La victoire du Hamas ne manque pas d’ironie quand on sait que le président Bush a fait des élections palestiniennes le fer de lance de son plan de promotion de la démocratie au Proche-Orient » juge également le Wall Street Journal. Washington « a réitéré sa position selon laquelle les Etats-Unis ne traiteraient pas avec le Hamas tant que le parti épouse la thèse de la destruction d’Israël ». Mais le quotidien note que la Maison Blanche et les Européens se sont gardés d’aller jusqu’à retirer formellement leur soutien à un gouvernement qui serait dirigé par le Hamas. Steven Weisman (New York Times) note, lui aussi, la « réaction difficile » et « l’attitude défensive » adoptées par le président Bush face aux résultats qui « remettent en cause les efforts américains en matière de lutte contre le terrorisme ». Jim Hoagland, du Washington Post, suggère à l’administration de laisser le Hamas prendre ses responsabilités et d’éviter d’interférer dans la mise en place du futur gouvernement. Une attitude contraire reviendrait « à se moquer de la campagne menée par Bush destinée à stabiliser le Moyen Orient en faisant la promotion de la démocratie » précise le commentateur pour qui « il est inutile de minimiser la signification des résultats ». La situation est jugée très délicate par Fotini Christia (membre du Olin Institute for Strategic Studies de Harvard) dans le New York Times, car les Etats-Unis comme l’Europe ne peuvent pas se permettre d’ignorer la volonté populaire exprimée par 78% des Palestiniens. L’analyste reconnaît qu’il est tentant de refuser de considérer le Hamas comme un véritable partenaire, mais que « cela ne ferait que légitimer davantage le parti ». De la même manière, l’arrêt de l’aide économique ne ferait que « déstabiliser davantage la région ».
C’est désormais la responsabilité du peuple palestinien qui doit jouer, estime le Christian Science Monitor, qui rappelle que le « Hamas ne peut se permettre d’ignorer les sondages qui montrent que la plupart des Palestiniens préfèrent une solution à deux Etats » ; et de conclure que ce sont les « Palestiniens qui doivent conserver la liberté de mettre en cause le Hamas » et non l’Europe, les Etats-Unis ou Israël en tournant le dos au parti victorieux. Mais, à l’image du Baltimore Sun, la presse américaine évoque déjà une réaction de la part du gouvernement israélien avec un renforcement probable de sa politique de défense. Les éditoriaux du Washington Post, du New York Times ou du Dallas News partagent alors une seule et même conclusion : le Hamas peut décider de renoncer à menacer Israël (pour gouverner le peuple palestinien) ou « choisir le terrorisme et alors faire face aux conséquences ».
(N° 382/06/AT/EG) Ambassade de France aux Etats-Unis, le 27 janvier 2006
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