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SYNTHÈSE DE LA PRESSE AMÉRICAINE

du 14 au 20 janvier 2006

I. Iran

La probabilité d’une saisine du Conseil de Sécurité est largement commentée par la presse américaine qui se penche plus que jamais sur l’évolution des négociations entre les « trois Européens » et les autorités iraniennes. D’une manière générale, les media américains jugent sévèrement l’attitude de Téhéran et appellent Washington à l’action.

Les commentateurs sont globalement favorables à la saisine du Conseil de Sécurité de l’ONU et à la mise en place de sanctions à l’encontre de l’Iran. Pourtant, les Etats-Unis ne se trouvent pas dans la meilleure des situations pour réagir face à la menace iranienne explique Jefferson Price III, du Baltimore Sun, au vu « de son attitude passée face à la menace irakienne ». Ce point de vue reste toutefois minoritaire, les quotidiens comme le Wall Street Journal estimant « qu’il est temps de considérer sérieusement la question iranienne », allant jusqu’à évoquer l’option de la destruction de la centrale d’enrichissement d’uranium de Natanz.

Les sanctions envisageables contre l’Iran sont discutées par les quotidiens qui s’intéressent tout particulièrement aux effets d’un éventuel embargo pétrolier. Sensibles à l’importance de la question énergétique, des journaux comme le Christian Science Monitor jugent qu’il « est important de considérer dès maintenant la dépendance énergétique envers l’Iran [quatrième producteur mondial] afin de trouver des solutions de rechange ». Le Washington Times se dit d’autant plus inquiet par une telle perspective qu’il rappelle les conséquences du choc pétrolier de 1979, suite à la révolution iranienne. Alors que le baril de pétrole frôle déjà les 65$, une crise ouverte avec l’Iran pourrait aboutir « à des prix bien supérieurs à 100$, faisant basculer le monde dans une récession dont l’importance et la durée sont encore incalculables ». Au contraire, le Saint Louis Post Dispatch, pour lequel « le timing est approprié pour des sanctions », juge qu’un embargo économique contre l’Iran serait à même « de rendre la production d’une bombe plus coûteuse pour Téhéran que les bénéfices politiques qui en seraient retirés ». Seuls le Christian Science Monitor et le Boston Globe semblent dès lors prudents quant à d’éventuelles sanctions à l’encontre d’Iran, exprimant leur préférence pour un renforcement des inspections de l’AIEA plutôt que pour les sanctions économiques et diplomatiques évoquées par leurs confrères.

La presse relève en outre la dimension transnationale des négociations. L’éditorial du Minneapolis Star Tribune salue d’ailleurs la démarche multilatéraliste de la Maison Blanche dans cette affaire « qui est certainement plus porteuse d’espoir que l’unilatéralisme auquel l’administration Bush a été attaché ». Les media américains sont attentifs à la réaction de la Russie et de la Chine. Leur volonté de poursuivre les négociations avec les autorités iraniennes est largement incomprise et certains commentateurs espèrent que Pékin et Moscou « sauront aller au delà de la négociation », le passage par le Conseil de Sécurité étant « une stratégie à haut risque » concède le Dallas News, « mais sûrement l’unique moyen d’envoyer un message clair de la communauté internationale [à l’Iran] ».

La presse salue l’unité enfin démontrée par la communauté internationale et notamment l’attitude des Européens qui « ont rejoint l’Amérique en appelant à une saisine du Conseil de Sécurité » (New York Times) ; le Chicago Tribune allant jusqu’à suggérer que l’Europe « s’est alignée sur l’Amérique ». Cragg Hines, du Houston Chronicle, cite alors le précédent de Munich en espérant que les Européens et les Américains sauront se montrer fermes face au chantage des Iraniens.

Les analystes s’accordent pour considérer cette question comme le plus grand défi de la politique étrangère américaine ; c’est le cas de David Ignatius (Washington Post) qui décrit la politique du « containment » adoptée à l’encontre de Téhéran par l’administration Bush. Il explique que jusque là Washington a souhaité, à juste titre, rester en retrait pour éviter « une confrontation Bush contre Iran ». Cette politique adoptée par les Etats-Unis ne fait pas l’unanimité pour autant. Certaines voix politiques, et non des moindres puisque Hillary Clinton est parmi elles, se sont élevées pour réclamer davantage d’implication de la part de Washington dans le règlement de cette crise. La sénatrice de New York a reproché à « l’administration Bush de minimiser la menace Irakienne » rapporte Dan Balz (Washington Post). « On ne peut pas faire face aux menaces iranienne ou nord-coréenne en encourageant d’autres pays à traiter de ces questions et en se mettant sur la ligne de touche » a-t-elle affirmé tout en encourageant l’administration américaine « à montrer que toutes les options restent sur la table ». De la même manière, le sénateur McCain a encouragé le gouvernement à ne pas exclure la possibilité d’une intervention militaire.

II. Réforme du lobbying politique

Suite aux scandales ayant éclaboussé le monde du lobbying mais aussi un grand nombre de parlementaires américains, dont l’ancien leader de la majorité républicaine Tom DeLay, la course aux réformes semble lancée. Républicains et Démocrates ont offert tour à tour des propositions visant à réformer en profondeur un système régulièrement entaché par des affaires de corruption.

Pour le New York Times, la « conversion paniquée » du président de la Chambre des Représentants Dennis Hastert, qui a devancé les Démocrates en proposant un projet de réforme dès le 17 janvier dernier, peut être considérée comme « un bon début vers un soutien galvanisé des deux camps » républicain et démocrate. D’autres réformes seraient toutefois nécessaires, estiment les éditorialistes du quotidien new-yorkais ainsi que du Baltimore Sun, qui souhaiteraient une meilleure transparence concernant les dépenses et les contacts des lobbies au sein du Capitole, une interdiction totale des « cadeaux » offerts aux législateurs, le renforcement des réglementations régissant le passage d’un membre de cabinet d’un parlementaire vers un société de lobbying, ou encore la création d’un bureau indépendant au sein du Congrès qui serait chargé de contrôler les pratiques des sociétés de lobbying. Pour le Baltimore Sun, les nombreuses transgressions de Jack Abramoff illustrent indubitablement la nécessité de « mettre un terme à la routine, aux échanges de faveurs sur le mode du ‘tout le monde le fait’, qui privent les Américains de l’indépendance qu’ils sont en droit d’exiger de la part de leurs représentants élus ». Prudent, il met néanmoins en garde contre la tentation consistant à tenir les lobbyistes pour seuls responsables des dérives du système américain : «il ne faut pas écouter les législateurs qui rejettent la faute sur les lobbyistes », rappelant non sans ironie que « comme pour un autre des plus vieux métiers du monde, il faut être deux ». A ses yeux, la responsabilité des lobbyistes serait donc limitée et leur rôle ne saurait être totalement remis en question, ceux-ci étant « tellement liés au fonctionnement de la démocratie américaine qu’elle ne pourrait probablement pas exister sans eux ».

Plus que des individus, c’est donc tout un système, tout un mode de fonctionnement qui est mis en cause par le Washington Post, qui dénonce notamment le régime de financement des campagnes électorales qui placerait les deux types d’acteurs, lobbyistes et candidats au Congrès, dans des situations périlleuses menaçant leur intégrité. Si « la réforme du lobbying, dans le sens de la révision des réglementations sous lesquelles agissent les lobbyistes, est nécessaire », il s’agit de ne pas oublier non plus que « les lobbyistes jouent un rôle important en instruisant les législateurs et leurs équipes des questions complexes », tout comme ils contribuent à garantir le droit constitutionnel de pétition appartenant aux citoyens, rappelle le quotidien libéral.

La presse américaine semble en tout cas s’accorder pour reconnaître que le moment est venu de « réformer une culture » du Congrès, selon l’expression du New York Times, en commençant par la réforme de la pratique du lobbying.


(N° 381/06/AT/EG)

Ambassade de France aux Etats-Unis, le 20 janvier 2006