|
SYNTHÈSE DE LA PRESSE AMÉRICAINE du 30 Décembre 2005 au 6 janvier 2006
I. L’affaire Abramoff
Le parfum de scandale lié aux prochaines révélations de Jack Abramoff, dans le cadre de la procédure judiciaire menée contre lui pour corruption est rapporté par la presse américaine qui suggère que les conséquences pourraient être « très importantes » pour le monde politique de Washington, et particulièrement les Républicains. Le « lobbyiste en disgrâce » a plaidé coupable, reconnaissant les charges fédérales de fraude postale, d’évasion fiscale et de corruption de membres du Congrès. Le Sénateur Robert W. Ney (R-Ohio) est le seul à avoir été nominativement désigné par l’enquête mais l’accord entre l’accusé et les autorités fédérales aux termes duquel Abramoff s’est engagé à « coopérer » pour obtenir une réduction de peine pourrait, d’après la presse, faire trembler nombre de membres du Congrès. Le Washington Post reconnaît que « la volonté de coopération du lobbyiste est à même d’élargir les investigations du procureur en direction d’autres personnalités politiques ». Selon les différentes estimations, au moins vingt représentants seraient susceptibles d’être impliqués, extrapole le Baltimore Sun. « Quelles autres carrières sont en danger ? » s’interroge Dan Balz du Washington Post, alors que le Christian Science Monitor titre « Abramoff négocie, le Congrès tremble » et USA Today « L’accord de culpabilité alimente l’anxiété du Capitole ». Pour Maureen Dowd, du New York Times, ces révélations font penser à un « vieux film de gangster des année 40 », dont Abramoff est le « témoin star » , « preuve que l’orgueil et les pots-de-vin ont envahi la capitale », écrit-elle. L’éditorial du San Antonio Express News tient à préciser que le « trafic de pouvoir n’est pas une question partisane » puisque des Démocrates seraient impliqués, avant de conclure, comme le New York Times, que « ce n’est pas uniquement Abramoff qui est accusé ici, mais tout le système dépravé de Washington des magouilles, faveurs et autres récompenses financières ». Le Los Angeles Times évoque le projet « K Street » du parti Républicain destiné à renforcer les liens entre le Congrès et les lobbyistes économiques, dans lequel Abramoff était impliqué, alors que le Washington Post fait état de la distance prise par les Républicains, dont certains ont annoncé avoir fait don des sommes perçues d’ Abramoff pour tenter d’éviter le scandale. Parmi eux, George Bush a fait part de sa décision de rendre 6,000$, de même que 24 autres figures politiques, dont trois Démocrates, précise le Washington Post. Ainsi, l’éditorial du quotidien de Los Angeles juge donc les affirmations des Démocrates selon lesquels « les Républicains sont embourbés dans une culture de corruption » comme étant « peu honnêtes à la lumière du passé tapageur de leur parti quand il contrôlait la Chambre des Représentants ». Les analyses se sont multipliées afin d’évaluer les conséquences et l’extension du scandale provoqué par Abramoff. Les conséquences pourraient être visibles très prochainement, à l’occasion des élections locales et sénatoriales, estime Gail Russel Chaddock dans le Christian Science Monitor. Ronald Brownstein (Los Angeles Times) reprend cette analyse en écrivant que « les investigations autour d’Abramoff sont susceptibles de changer le paysage politique de 2006 que si cela aide les Démocrates à dresser le portrait d’un parti Républicain plongé dans une culture de corruption ». Certains quotidiens prennent les devants en appelant le Congrès à renforcer les limites d’action des groupes d’influences. L’Atlanta Journal Constitution évoque ainsi la proposition de loi du Sénateur John MacCain destinée à accroître les obligations des lobbyistes, des représentants et de leurs équipes tout en estimant « qu’en fin de compte l’éthique ne peut être entièrement dictée par la loi mais avant tout par la conscience des personnes ».
II. Ariel Sharon
Alors que le départ d’Ariel Sharon de la scène politique israélienne semble clair pour l’ensemble des observateurs, suite à l’hémorragie cérébrale qui l’a plongé ce jeudi 5 janvier dans un coma artificiel profond, la presse exprime un pessimisme général quant à l’avenir du processus de paix israélo-palestinien.
Pour USA Today, si « Sharon était opposé à la paix […], la question aujourd’hui est de savoir s’il peut y avoir une paix sans lui », tandis que le Los Angeles Times redoute que sa disparition ne compromette « un processus de paix déjà hésitant avec les palestiniens ». Le quotidien californien estime en effet que la paix tant recherchée pourrait être encouragée à la fois par le rejet du Hamas et par la défaite du Likoud de Benjamin Netanyahu lors des élections prévues prochainement dans les territoires palestiniens et en Israël ; toutefois, la mort politique d’Ariel Sharon, ajoutée à la récente victoire du Hamas aux élections municipales de Cisjordanie en décembre 2005, semble créer « une incertitude supplémentaire dont on se serait bien passé dans le processus politique chaotique » de la région, note t-il. Pour le correspondant à Jérusalem du New York Times, Steven Erlanger, il ne fait en tout cas aucun doute que l’ancien Premier ministre B. Netanyahu soit le principal bénéficiaire des graves problèmes de santé de son concurrent de toujours. Quoi qu’il en soit, « que M. Sharon survive ou pas, le pays semble déjà entré dans une ère post-Sharon », ajoute t-il, en accord avec le Christian Science Monitor qui titre déjà « Une nouvelle ère pour le processus de paix du Moyen-Orient ». Il s’agirait pour ce dernier d’une ère qui ne serait pas dominée par des « personnalités fortes et obstinées », une ère déjà initiée par la mort de Yasser Arafat et son remplacement par le « faible leadership » de Mahmoud Abbas. La disparition de la scène politique israélienne de celui que l’on surnommait couramment « le bulldozer » est en tout cas l’occasion pour la presse de dresser un bilan de ses responsabilités de premier ministre, qu’il exerçait depuis près de cinq ans, mais aussi de rappeler un passé militaire long et largement controversé. Son bilan politique semble toutefois globalement positif pour l’ensemble des quotidiens américains. S’ils ne vont pas tous jusqu’à le qualifier de « l’un des plus grands leaders israéliens en temps de guerre », ou encore « l’un des hommes d’Etat les plus importants du monde actuel » à l’instar du Washington Times, ils louent pour la plupart ses décisions en matière de sécurité. Ainsi, pour le Wall Street Journal, l’une des réussites principales d’Ariel Sharon est d’être parvenu à faire diminuer le nombre d’attaques terroristes palestiniennes, résultat d’ « actions militaires israéliennes à grande échelle, d’assassinats ciblés de leaders du Hamas tels qu’Ahmed Yacine et Abdel Rantissi, d’arrestations et incarcérations de terroristes palestiniens présumés, et de la construction de la barrière de sécurité en Cisjordanie ». Le retrait unilatéral de la Bande de Gaza, dernier grand combat du Premier ministre, occupe une place de premier ordre dans les rappels historiques qui lui sont consacrés. « Au crépuscule de sa vie, Sharon a pris conscience de ce que les administrations américaines prêchent depuis des décennies : une sécurité durable pour les Israéliens nécessite de rendre leur dignité aux Palestiniens », mais aussi de leur donner « l’espoir d’une stabilité économique et finalement leur propre Etat », peut-on lire dans USA Today. C’est finalement le Baltimore Sun qui résume en quelques mots le portrait dressé par touches par l’ensemble de la presse, en estimant qu’Ariel Sharon « personnifie le politique-guerrier, personnage controversé en temps de guerre comme en temps de paix ». Enfin, ce bouleversement de la scène politique israélienne ne sera évidemment pas exempt de répercussions sur la relation privilégiée israélo-américaine. Comme l’explique Glenn Kessler (Washington Post), la politique américaine récente à l’égard du conflit israélo-palestinien a été largement influencée par Ariel Sharon, qui avait pris la tête du gouvernement israélien en 2001, peu après la première élection de George W. Bush. Pour le Washington Times, il s’agit donc pour les Etats-Unis de « la perte de l’un de ses alliés stratégiques les plus proches ».
(N° 379/06/EG/AT) Ambassade de France aux Etats-Unis, le 6 janvier 2006
|