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SYNTHÈSE DE LA PRESSE AMÉRICAINE du 24 au 30 Décembre 2005 I. Ecoutes présidentielles
Après les révélations relatives à l’autorisation accordée par le Président américain à la National Security Agency (NSA) pour procéder à des écoutes de particuliers ou d’organisations situées sur le territoire américain, les quotidiens américains continuent de s’interroger sur la légalité d’une telle procédure. Le Washington Post estime que les arguments juridiques avancés par le Département de la Justice ne sont pas « futiles » mais ne permettent pas de « persuader pour autant que l’administration Bush a agi dans le cadre de la loi ». Il admet que les services de renseignement puissent être confrontés à des contraintes inappropriées dans leurs activités de lutte contre le terrorisme. « Toutefois, la voie suivie par l’Administration, en contournant à la fois le Congrès et la Justice, est précisément la mauvaise façon de régler » ces éventuelles difficultés. « La bonne réponse ne saurait être l’affirmation unilatérale d’une prérogative. S’il y a un problème –non avéré à ce stade- avec la loi FISA, il appartient au Congrès de le régler et à l’Administration de convaincre ce dernier de la nécessité de le faire. ». David Ignatius du Washington Post appelle l’Administration Bush à mettre en place un cadre législatif rigoureux pour encadrer des pratiques de renseignements technologiques considérées comme « le principal atout des Etats-Unis » ; mais « poursuivre l’actuel système anarchique serait un véritable cadeau accordé à l’ennemi » selon le chroniqueur.
Le Baltimore Sun rapporte, pour sa part, les frustrations exprimées par le Congrès sur le sujet, alors même que Bush « commençait à bénéficier de ses efforts en relations publiques sur la guerre en Iraq » : « le Président n’a plus la même influence qu’il a eu, même avec son parti ». L’éditorial du quotidien appelle le Congrès ainsi que les cours de justice à « interpeller et corriger tout excès de pouvoir de la part de l’autorité exécutive ». Pour le professeur Robert F. Turner, dans le Wall Street Journal, seule la Cour Suprême est à même de se prononcer sur cette question, en donnant son interprétation de la Constitution américaine quant au pouvoir présidentiel en matière de renseignement. Dès lors, les positions du juge Alito sur le sujet sont désormais attendues avec intérêt par les membres du Comité Judiciaire chargés de procéder aux auditions de confirmation de sa candidature, note par ailleurs le New York Times.
Certaines voix s’élèvent toutefois pour défendre la démarche de la Maison Blanche. Le quotidien New-yorkais note que l’ancien Secrétaire d’Etat Colin Powell a marqué son accord sur le principe de telles écoutes, tout en relevant « qu’il n’aurait pas été très difficile pour le Président d’obtenir les autorisations pour les écoutes ». Le président du Hudson Institute, Herbert London, exprime son point de vue dans le Baltimore Sun, défendant l’attitude présidentielle qui « permet de préserver la sécurité nationale». Il justifie la position du président Bush en citant le Préambule de la Constitution qui accorde au chef de l’Etat la « responsabilité d’assurer la tranquillité intérieure ».
II. Egypte
La condamnation d'Ayman Nour à cinq ans de prison ferme, à la suite d'un procès dont la presse s'est attachée à relever les irrégularités, a suscité des commentaires unanimement réprobateurs des média aux Etats-Unis, dénonçant la gestion autoritaire du pouvoir par le Président Moubarak et appelant l'Administration américaine à user du levier de l'aide bilatérale pour faire pression sur lui.
'' Dirigeant autocratique '' (Los Angeles Times), ''dictateur à vie '' (Shoshana Bryen dans le Baltimore Sun) : le président égyptien Hosni Moubarak est au centre des critiques virulentes d'une presse américaine indignée par le procès de celui qu'elle considère représenter une opposition démocratique et laïque. Reprenant les termes employés par le porte-parole de la Maison Blanche, l'éditorial du Wall Street Journal trouve ''profondément troublante'' la ''manipulation de la scène politique égyptienne par M. Moubarak '', et déplore l'incarcération du principal opposant égyptien dont le tort principal serait de réduire les perspectives d'avenir politique de Gamal Moubarak, fils de l'actuel président et son '' probable successeur ''. Ayman Nour serait en tout cas '' une alternative à la fois aux fondamentalistes islamiques et aux autocrates laics comme Moubarak'', explique le Los Angeles Times, qui aimerait que les démocrates égyptiens tels que Nour ou Saadeddin Ibrahim puissent bénéficier d'une plus grande liberté politique, '' sans quoi les électeurs mécontents d'un gouvernement de parti unique, miné par la corruption, seront forcés de choisir entre la triste réalité de la pauvreté et les faux espoirs du fondamentalisme ''. Ceci serait '' inacceptable pour les citoyens d'un pays cherchant à être reconnu comme un leader dans le monde arabe '', ajoute t-il.
De même pour Nir Boms, vice-président du Center for Freedom in the Middle East (néo-conservateur), si les Frères Musulmans ont eu un tel succès lors des élections de septembre dernier, '' ce n'est pas une coïncidence '' : '' après 26 ans d'un gouvernement de parti unique - pendant lequel le chômage a atteint un taux record de 25 pour cent, les opposants au régime ont été emprisonnés ou assassinés, et les réformes politiques ont été étouffées - les égyptiens sont visiblement prêts au changement '', estime-t- il dans une tribune publiée par le Washington Times.
De nombreux éditoriaux et tribunes plaident en faveur d'un réexamen par Washington de son aide bilatérale à l'Egypte, en fonction des développements de cette affaire. Le Washington Post appelle l'Administration à suspendre les discussions entre l'Egypte et les Etats-Unis au sujet d'un accord de libre-échange, activement désiré par Le Caire, et à revoir le montant de l'aide accordée à l'Egypte, à commencer par sa composante militaire : '' subventionner l'armée égyptienne pouvait avoir un sens pendant la Guerre Froide, mais en apportant aujourd'hui leur soutien aux généraux de Moubarak, les Etats-Unis maintiennent tout simplement sa dictature ''. Par conséquent, '' si la réaction de M. Bush se limite à la tiède rhétorique des '' inquiétudes sérieuses '', M. Moubarak aura démontré que la démocratie n'est pas plus importante pour la politique américaine qu'elle ne l'était avant le 11 septembre 2001 ''. '' Si Moubarak ne tient pas compte des appels de la Maison Blanche à libérer Ayman Nour, il sera alors temps de reconsidérer les 2 milliards de dollars dépensés chaque année par les contribuables américains sous forme d'aide financière et militaire, remplissant les caisses du gouvernement despotique de M. Moubarak '', estime le New York Times. C'est également l'avis du Wall Street Journal, pour qui '' l'emprisonnement de M. Nour signifie que le régime de M. Moubarak ne mérite pas le soutien financier de cette administration ''.
III. Iraq
Alors que le dépouillement du scrutin du 15 décembre se poursuit en Iraq, le procès très médiatisé de Saddam Hussein a une fois de plus été ajourné. Un procès qui « met à rude épreuve la patience des irakiens », estime le Christian Science Monitor, qui déplore les « manifestations théâtrales » de l’ancien président irakien, mais qui, à l’inverse, loue la « tolérance » du juge Rizgar Mohammed Amin, laquelle montrerait « un respect, une politesse et une impartialité qui étaient refusés aux irakiens sous le système de non-justice d’Hussein ».
La presse a également fait état des inquiétudes de l’Administration Bush, suite aux accusations de torture dans les prisons iraquiennes, sur les pratiques suivies par la police iraquienne et rapporte les confidences d’un militaire américain évoquant le déploiement d’une centaine de « conseillers » afin d’en superviser les activités et rectifier d’éventuels abus./.
(N° 378/05/AV/AT) Ambassade de France aux Etats-Unis, le 30 Décembre 2005
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