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SYNTHÈSE DE LA PRESSE AMÉRICAINE

du 17 au 23 Décembre 2005

I.Ecoutes présidentielles

Le Président Bush a admis et assumé l’autorisation donnée à la National Security Agency (NSA) de mettre sur écoute des particuliers ou des organisations présents sur le territoire américain. L’information a été divulguée par le New York Times en dépit de pressions exercées par l’Administration sur la direction du quotidien qui avait choisi dans un premier temps de surseoir à la publication de l’enquête pendant une année. Les commentateurs se sont interrogés sur la légalité de la procédure, et sur les raisons qui ont poussé le président à s’émanciper du suivi judiciaire jugé peu contraignant mis en place par le Foreign Intelligence Surveillance Act (FISA) de 1978 pour gérer ce type d’opérations secrètes. Seules 5 demandes sur près de 19 000 auraient en effet été rejetées par la cour spécialement créée et qui peut être saisie dans un délai de 72 heures, voire a posteriori, ont rappelé les journaux. Le président a-t-il enfreint la loi? Pour répondre à la question, les quotidiens font appel aux experts constitutionnalistes qui rappellent que la loi de 1978 avait pour objet de limiter l’étendue jugée illimitée des prérogatives présidentielles sans nuire à l’efficacité nécessaire des enquêtes de la NSA.

Si le Washington Times rappelle l’affirmation réitérée par plusieurs Administrations républicaines comme démocrates d’une « autorité inhérente à la fonction présidentielle » qui permettrait au président de se soustraire à l’autorisation de la justice, particulièrement en temps de guerre, l’embarras dépasse les clivages traditionnels au sein de la presse et de la sphère politique. Le Baltimore Sun relève l’embarras des Républicains, partagés, note le Wall Street Journal entre les conservateurs « libertaires », hérauts inconditionnels des libertés individuelles, dont se réclame le quotidien économique, et les conservateurs qui, comme le sénateur Trent Lott défendent la soumission de tous les autres principes à celui de la sécurité. La presse note que deux sénateurs républicains de poids ont ajouté leur signature à celle de trois démocrates dans un courrier demandant à la commission judiciaire du Sénat d’enquêter sur cette affaire. Le Washington Post rapporte la démission de James Robertson, l’un des juges siégeant à la cour secrète chargée d’étudier les demandes de l’administration, et les préoccupations de deux autres. Jonathan Turley, professeur de droit à la George Washington University, écrit dans USA Today que passer outre la procédure prévue par le FISA constitue un crime fédéral.

Au bout du compte, les commentateurs comme les politiques ont accueilli avec soulagement la décision du président de la commission judiciaire du Sénat, le républicain Arlen Specter, d’organiser des auditions au Sénat sur le sujet dès le début de l’année prochaine. Certains commentateurs évoquent la menace d’un « impeachment », tout comme l’organisation américaine ACLU dans une publicité faisant le lien entre le sort du Président Nixon et celui que pourrait connaître l’actuel Président. Un des rares à venir à la rescousse du Président Bush est Charles Krauthammer, du Washington Post, jugeant « idiote » pareille éventualité. Pourtant, dans une rare manifestation de malaise devant l’« absence de prudence du Président face au Congrès », il conclut que « Bush aurait du changer la loi si elle ne convenait plus, plutôt que d’essayer de la contourner ». L’affaire pourrait donc ne pas s’arrêter là, estiment les journaux. D’autant qu’en fin de semaine, Tom Daschle, ancien leader de la majorité au Sénat, a expliqué dans une tribune publiée par le Washington Post que l’Administration Bush avait souhaité, au lendemain du 11 septembre 2001, « une autorisation explicite » du Congrès en matière d’écoutes sans mandat sur le territoire américain qui a été écartée : c’est « un pouvoir que nous ne lui avons pas accordé », a martelé Daschle.

II.Iraq

Comme prévu, les élections législatives du jeudi 15 décembre ont suscité de nombreuses réactions parmi la presse américaine. Se réjouissant d’un succès symbolisé par un taux de participation avoisinant les 70%, les observateurs louent l’excellent déroulement du scrutin : une élection qui « semble avoir fondamentalement réorganisé les dynamiques de cette terre tumultueuse » pour Dexter Filkins (New York Times), un « pas en avant manifeste » pour Cal Thomas (Washington Times), voire même un « triomphe écrasant et encourageant » pour le New York Times dans son éditorial du samedi 17 décembre. Pour une fois, libéraux et conservateurs semblent s’accorder pour dire qu’il s’agit bien du « scrutin le plus démocratique » (Washington Post) ou du « premier véritable gouvernement démocratique » élu « dans l’histoire du Moyen-Orient arabe » (Tod Lindberg, du Washington Times). Le Washington Post veut également y voir le choix des Irakiens « d’essayer la démocratie comme moyen de construire un nouvel ordre politique ».

La presse américaine ne s’est toutefois pas contentée de se féliciter du succès des élections irakiennes, et se penche sur une vision à plus long terme. En effet, bien qu’extrêmement important, le scrutin n’est malheureusement « pas suffisant en soi pour venir à bout de l’insurrection, ni pour assurer [la constitution] d’un Iraq pluraliste », rappelle le New York Times. A l’instar de plusieurs autres quotidiens nationaux, il accorde ainsi un rôle prépondérant au résultat et à la majorité parlementaire qui pourrait, ou non, sortir des urnes, plutôt qu’au déroulement même du scrutin. La participation des Sunnites à des ministères-clés, ainsi que l’acceptation des leaders chiites et kurdes d’opérer une révision radicale de la Constitution irakienne, seront, dans les mois à venir, autant de facteurs décisifs pour l’avenir et la stabilité du pays.

Pour Tom Friedman du New York Times, et contrairement au message contenu récemment dans les discours de nombreux responsables américains dont le président lui-même, ce n’est pas au nombre de soldats irakiens formés par les Marines que l’on pourra mesurer le succès de l’entreprise américaine en Iraq, mais plutôt au « nombre de citoyens irakiens», ces derniers suscitant l’apparition de « leaders nationaux » pouvant eux-mêmes devenir des « partenaires pour l’Iraq que nous espérons construire ». Une position qu’il résume en ces mots : « S’il n’y a pas davantage de citoyens irakiens, il n’y aura jamais assez de soldats irakiens ». C’est pourtant bien la capacité de ces soldats irakiens à se défendre contre l’insurrection qui est mise en avant par Michael Fumento, du Hudson Institute, dans une tribune publiée par le Washington Times. Décrivant les « obstacles » s’opposant à un « retrait précipité », il met en avant « l’équipement des troupes irakiennes » comme un point essentiel de l’agenda militaire américain : le manque de matériel s’expliquerait selon lui par les risques toujours présents de guerre civile en Iraq, qui, si elle devait se produire, serait rendue encore plus terrible par la disponibilité d’armes perfectionnées. « Cette attitude doit changer », explique l’auteur, qui n’estime pas pour autant que cela justifierait un retrait des troupes américaines. Prenant l’exemple de l’Allemagne de 1945, de la Corée du Nord de 1953, de l’Afghanistan et même de la présence britannique en Irlande du Nord, il perçoit la présence américaine en Iraq comme le seul moyen d’éviter une guerre civile.

Finalement, avec ces élections, le procès de Saddam Hussein et la poursuite des violences, c’est une « période cruciale qui s’ouvre pour le Moyen-Orient tout entier et pour le rôle de l’Amérique dans la région », conclut le Baltimore Sun, qui redoute seulement que « l’Administration Bush ne soit pas assez compétente pour comprendre et servir avec succès les meilleurs intérêts de l’Amérique ».


(N° 377/05/EG/CJ)

Ambassade de France aux Etats-Unis, le 23 Décembre 2005