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SYNTHÈSE DE LA PRESSE AMÉRICAINE du 9 au 16 Décembre 2005 I. Iraq Les media américains n’ont pas manqué de relever l’importance de l’enjeu que présente l’élection législative du 15 décembre, pour l’Iraq, comme pour l’administration Bush dont la popularité semble dépendre intimement de l’évolution de la situation sur le terrain. Beaucoup, comme le New York Times, estiment que le défi majeur est posé par la minorité arabe sunnite, « dont on ne peut pas attendre qu’elle accepte de bon cœur le statut de paria qui lui serait conféré si la constitution actuelle n’était pas radicalement modifiée ». Le scrutin irakien décidera également de la composition du comité spécial chargé de modifier la constitution, et permettra ou non, de mettre en place une grande coalition intégrant les Sunnites au processus politique, limitant ainsi d’autant, est-il espéré, la marge de manœuvre de l’insurrection. Cette inconnue incite plusieurs quotidiens à demeurer prudents dans leurs analyses. « Il est important de reconnaître que les élections ne constituent pas en elles-mêmes une avancée positive », souligne l’éditorialiste du Baltimore Sun, qui rappelle que ces élections pourraient limiter les risques de guerre civile en Iraq, tout comme elles pourraient les renforcer. Il dépeint d’ailleurs un tableau assez sombre de la situation du pays : « un gouvernement central faible », « des divisions ethniques et sectaires qui s’accentuent », une police « contrôlée par les Chiites de la Brigade Badr », etc. A l’instar du Baltimore Sun, le Washington Post choisit de nuancer l’impact de ces premières élections législatives, expliquant qu’elles pourraient tout aussi bien diviser profondément le pays si les Irakiens ne parvenaient pas à « forger un accord politique qui serait de nature à isoler les extrémistes et consoliderait l’Etat démocratique ». Ce n’est donc pas tant la tenue d’élections démocratiques et leur déroulement que le résultat de ces élections –et la formation du gouvernement qui en découlera- qui décidera de l’avenir du pays, selon ces deux quotidiens. Le Washington Post précise également que pour parvenir à cet accord tant espéré, il sera indispensable de « persuader les leaders chiites d’abandonner leur plan de développement régional et d’offrir à la communauté sunnite une place équitable dans le nouvel Iraq, plutôt que d’essayer d’imposer un nouvel ordre par la force ». Le Washington Times adopte, lui, une ligne véritablement optimiste, et adhère sans surprise à la rhétorique de l’administration Bush sur la « victoire » et la « démocratisation de la région ». Dans deux éditoriaux consécutifs, le quotidien conservateur loue en effet les progrès réalisés par les forces américaines et irakiennes, qui n’auraient rencontré qu’une « faible résistance » lors de leurs dernières opérations, et s’estime pleinement confiant quant aux retombées bénéfiques de la démocratisation de l’Iraq sur l’ensemble de la région : « les tyrans du Moyen-Orient vont trembler. Un succès pour la démocratie irakienne signifiera que leurs jours autocratiques sont comptés ». Enfin, au lendemain du scrutin, tous les quotidiens américains semblent s’accorder pour faire le constat de la victoire de la démocratie sur la peur en Iraq, révélée par un taux de participation très élevé (autour de 70%), même au sein de la communauté sunnite. Sur le plan de la politique intérieure, le Wall Street Journal espère en outre que « cette élection mettra en sourdine les Howard Dean, John Murtha et tous les autres qui prétendent que la guerre ‘ne peut pas être gagnée’ ».
II. Iran Les propos du nouveau président iranien Mahmoud Ahmadinejad ont, comme prévu, provoqué les foudres de la presse américaine. Certains quotidiens s’efforcent d’échafauder ce qui pourrait être la meilleure réponse possible, sur le plan diplomatique, à ces provocations de plus en plus fréquentes à l’égard d’Israël comme des Etats européens. Ils relèvent la constance avec laquelle ces provocations sont lancées, preuve qu’il ne peut s’agir là de « simples dérapages ». « Il faut riposter à travers une diplomatie plus résolue », suggère le Christian Science Monitor, qui rappelle que la « menace nucléaire potentielle » de l’Iran ne peut que constituer une source d’inquiétude grandissante si elle continue à être associée à un discours aussi profondément antisémite et négationniste. Loin d’envisager une quelconque action à l’encontre de l’Iran, l’éditorialiste du Christian Science Monitor préconise la mise en place d’un « front uni » constitué des Etats-Unis, de l’Union Européenne, de la Russie et d’Israël, en vue d’une « confrontation pacifique avec la faction d’Ahmadinejad » mais également d’un rapprochement avec ceux qu’il appelle les responsables « pragmatiques » en Iran, notamment l’ancien président Ali Akbar Hachemi Rafsanjani, actuellement président du très puissant Conseil du discernement. La plupart des grands organes de presse se contentent néanmoins de dénoncer les positions du président iranien, qu’ils estiment largement partagées au sein du monde arabe, voire plus largement du monde islamique. « Pour sûr, la négation de l’Holocauste et les appels à la destruction d’Israël sont une antienne courante au Moyen-Orient », écrit Charles Krauthammer dans le Washington Post, tandis que le reporter du Baltimore Sun Douglas Birch affirme que « ‘Mein Kampf’ est un best-seller en Turquie ». Toutefois, selon ce dernier, les déclarations de Mahmoud Ahmadinejad seraient bien plus que de l’antisémitisme : elles viseraient à placer l’Iran en tête du mouvement contre l’Occident, gagnant ainsi le soutien des nations arabes, dans une approche plus stratégique qu’idéologique.
III. Syrie/Liban L’assassinat du député et éditorialiste libanais Gebrane Tueni a à nouveau cristallisé les critiques américaines à l’égard du régime syrien, dont la responsabilité semble indubitable aux yeux de la grande majorité des commentateurs. Pour Claude Salhani, rédacteur en chef de la section internationale de United Press International, et s’exprimant dans une colonne publiée par le Washington Post, M. Tueni n’est qu’une victime de plus de la « censure mortelle » qui s’était déjà abattue sur Rafik Hariri et Samir Kassir. S’il ne dénonce pas ouvertement la responsabilité du régime de Bachar al-Assad dans cet attentat, il rappelle néanmoins les conclusions du rapport présenté au Conseil de sécurité de l’ONU il y a quelques jours par Detlev Mehlis sur l’assassinat de Rafik Hariri, qui estimait peu probable qu’un tel attentat ait pu être commis sans que les services de renseignement libanais et syriens n’en aient eu connaissance. Pour le Wall Street Journal et le Baltimore Sun, la responsabilité syrienne ne fait aucun doute. Pour le premier, les assassinats de l’ancien premier ministre et du journaliste libanais s’inscriraient tous les deux dans « une campagne visant à éliminer ou à terroriser ceux qui, au Liban, critiquent la Syrie », dans un contexte politique caractérisé par la volonté syrienne de maintenir un contrôle sur le pays. Pour le second, les protestations de la Syrie sont considérées comme « peu convaincantes », et ceux qu’il appelle les « assassins auto-proclamés » de Gebrane Tueni auraient fait erreur en s’en prenant à lui, car « les vues anti-syriennes exprimées dans les pages du journal de Beirut, An-Nahar, n’étaient pas que les siennes ». Enfin, réagissant à ce nouvel assassinat politique au Liban, David Ignatius (Washington Post) trouve bon de rappeler ce qui est, à ses yeux, l’objectif de la guerre contre le terrorisme : « mettre fin au pouvoir des assassins ». Il explique qu’ «au milieu des erreurs et des mensonges de l’administration Bush, il est facile de perdre de vue les enjeux de ce combat». Comparant le parti Baas syrien à l’ancien parti Baas irakien, il décrit le régime de Damas comme un régime extrêmement autoritaire, qui ne se serait maintenu au pouvoir qu’en démontrant qu’il était « prêt à tuer quiconque se trouverait sur son chemin : un président, un premier ministre, un leader religieux, un journaliste », et finit par conclure, à propos des Libanais s’opposant à la Syrie, que « les Américains devraient être fiers d’être de leur côté ».
(N° 376/05/EG/CJ) Ambassade de France aux Etats-Unis, le 16 Décembre 2005
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