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SYNTHÈSE DE LA PRESSE AMÉRICAINE

du 25 Novembre au 2 Décembre 2005

1. Iraq

Dans un contexte marqué par un débat politique vigoureux autour du retrait des troupes américaines, peu de quotidiens se sont risqués à afficher un optimisme tel que celui du Chicago Tribune concernant l’avenir de l’Iraq : « il y a du progrès », « la vie politique fleurit », « ces forces [irakiennes] prennent la tête des opérations anti-terroristes », affirme notamment le quotidien dans un éditorial. La situation en Iraq a d’ailleurs été globalement éclipsée par les journaux américains, tant nationaux que locaux, au profit d’une critique de l’administration Bush et de sa conduite de la guerre.

C’est le discours prononcé par George W. Bush devant l’Académie Navale Américaine à Annapolis, le mercredi 30 novembre 2005, qui a fait réagir de nombreux éditorialistes, la plupart dénonçant une stratégie insuffisante. C’est le cas du Los Angeles Times, qui commente un discours auquel « une définition cohérente de la mission militaire fait toujours défaut », et qui revient sur le point central énoncé par George W. Bush, à savoir la question du nombre de troupes irakiennes entrainées et équipées nécessaires au retrait américain ». Le quotidien californien estime qu’il faudra au moins deux ans pour qu’un nombre suffisant de soldats irakiens soit prêt à remplacer une partie des 160 000 soldats américains. Le Des Moines Register écrit à ce sujet qu’un calendrier de relève par les troupes irakiennes serait plus efficace que tous les discours de politique générale, parce que « Bush ne peut pas demander aux Américains d’être éternellement patients ». Le journal ajoute que cela inciterait le gouvernement irakien à se préparer à « prendre en charge sa propre sécurité ». C’est également dans cette perspective que se situe la tribune du sénateur Joseph R. Biden publiée par le Washington Post, qui revient sur les objectifs principaux qui devraient être selon lui ceux de l’administration Bush : le transfert de la responsabilité de la lutte anti-terroriste aux forces irakiennes, mais aussi la mise en place d’un consensus politique et d’un gouvernement capable de mettre en œuvre de véritables politiques économiques et de reconstruction.

Le président Bush est l’objet de certaines attaques personnelles : il est notamment décrit par le Baltimore Sun comme un homme « aveugle » face à la situation sur le terrain et à la « guerre civile » dans laquelle s’enfonce le pays, un homme « se raccrochant à son rêve de succès ». Reprenant la comparaison effectuée par le président lui-même lors de son discours, le quotidien rappelle que deux ans et demi après l’attaque de Pearl Harbor, les troupes américaines débarquaient sur les plages de Normandie « dans le cadre d’une stratégie nationale pour la victoire que le président Franklin D. Roosevelt et le général Dwight D. Eisenhower avaient mis moins de temps à élaborer ». « Soyons réalistes. L’Iraq n’est pas la seconde guerre mondiale », ajoute le Kansas City Star, expliquant que l’engagement et la volonté du peuple américain d’assurer une victoire totale contre l’Allemagne nazie font aujourd’hui défaut. Le New York Times préfère pour sa part commenter le discours de George W. Bush en le comparant à l’annonce de la « vietnamisation » de la guerre annoncée en 1969 par Richard Nixon, lequel avait tout de même « admis que la guerre évoluait très mal », de même qu’il avait été « très clair sur les risques et les sacrifices considérables à venir », estime le quotidien libéral.

Seuls le Washington Times et le Wall Street Journal continuent à donner raison au président Bush pour sa conduite de la guerre : s’il ne s’agit pas de son « meilleur discours » pour le Washington Times, il s’agit néanmoins d’un discours qualifié d’ « opportun et important », représentant une « explication […] de la situation sur le terrain » qui est « toutefois la bienvenue ». Le Wall Street Journal est pour sa part convaincu que « nos adversaires partout dans le monde – de la Corée du Nord à la Syrie de Bachar Assad, en passant par l’Iran des mollahs – observent l’Amérique pour juger de sa volonté de gagner en Iraq », faisant de cette guerre une « guerre de nécessité », selon l’expression de l’analyste militaire Andrew Krepinevich, qu’il serait dès lors indispensable de mener à son terme, jusqu’à une « victoire totale ».

Notons enfin que dans un article du 30 novembre 2005, les journalistes du Los Angeles Times, Mark Mazetti et Borzou Daragahi, avaient dévoilé une « offensive médiatique » menée par le gouvernement américain, par l’intermédiaire d’un contractant du Département de la Défense nommé « Lincoln Group », visant à développer une image favorable des gouvernements américain et irakien au sein de la presse irakienne. Pour les auteurs, cette affaire démontrerait « jusqu’où le Pentagone a pu aller pour brouiller les frontières traditionnelles entre les affaires publiques militaires – la dissémination d’informations factuelles aux media – et les opérations psychologiques et ‘d’information’, qui font appel à la propagande et parfois à de fausses informations pour jouer en faveur des objectifs d’une campagne militaire ». Commentant cet article, le Washington Post estime que « rétrospectivement, il n’est pas si surprenant que le Pentagone ait secrètement payé des journalistes irakiens et des organisations d’information pour écrire des récits positifs sur la guerre ».

2. Samuel Alito et la Cour Suprême

Le Washington Post et le New York Times ont passé à la loupe certains mémos écrits par Samuel Alito alors qu’il travaillait pour le Département de la Justice sous le président Reagan. David D. Kikpatrick, du quotidien new-yorkais estime qu’Alito a alors « joué un rôle important en encourageant l’administration à renforcer ses pouvoirs de police ». La publication de ces documents pourrait constituer un problème juge le journaliste alors que les opposants libéraux critiquent les opinions dissidentes qui soutenaient une réduction des protections contre les recherches de la police. Pour Jo Becker, du Washington Post, ces mémos mettent surtout en avant des positions « qui pourraient affecter les jugements de la Cour Suprême sur les questions d’anti-terrorisme », en citant les arguments du juriste à l’époque selon lesquels « les immigrants entrant illégalement aux Etats-Unis et les étrangers qui vivent en dehors de leur pays ne sont pas en droit de bénéficier des droits constitutionnels des Américains ». Ces vues corroborent celles de l’administration Bush estime le journaliste. A cinq semaines des auditions, la plupart des Américains sont sans avis quant à cette nomination et « cela ne risque pas de changer à l’approche des vacances » (Julie Davis dans le Baltimore Sun).

Les quotidiens rapportent que la Cour Suprême a été saisie du premier cas relatif à la question de l’avortement depuis cinq ans à propos d’une loi du New Hampshire qui oblige les praticiens à obtenir l’aval des parents avant de procéder à un avortement sur une fille mineure, même dans des situations d’urgence. Si la nomination d’Alito est confirmée par le Congrès, après les auditions qui doivent débuter le 9 janvier, le juge serait susceptible d’exprimer son vote sur une question toujours sensible, analyse USA Today. Le Wall Street Journal note qu’un mémo rédigé par Alito en 1985 montre que le ‘nominé’ « proposait d’utiliser les lois des Etats afin de contrer le droit à l’avortement ». Jess Bravin estime que cette information est à même d’« intensifier » le débat sur la nomination du prochain juge à la Cour Suprême. Cette nouvelle publication « redonne vigueur aux critiques d’Alito » selon Charles Badington, du Washington Post, qui rappelle que le ‘nominé’ « n’a pas fait état de ce mémo dans le questionnaire rendu au Sénat ». Le scepticisme des Démocrates n’en est que plus renforcé selon Carl Hulse (New York Times). Une analyse de Julie Davis sur le sujet, dans le Baltimore Sun, explique « que la période de calme qui précède les auditions est entrain de créer le trouble au sein de la Maison Blanche et de ses partisans conservateurs » face à la « déferlante de critiques de la part des Démocrates et des groupes libéraux ». La publication de ces mémos sont de véritables « munitions » pour les opposants à cette nomination, estime la journaliste, alors que jusque là la procédure n’avait été affecté par aucune « une révélation fracassante ». Ces anciennes prises de position seraient en mesure d’influer sur les décisions des sénateurs indécis qui ont déclaré « qu’ils rejetteraient la candidature d’un juge qui remettrait en question la décision Roe contre Wade ».


(N° 374/05/AT/EG)

Ambassade de France aux Etats-Unis, le 2 Décembre 2005