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SYNTHÈSE DE LA PRESSE AMÉRICAINE du 19 au 25 Novembre 2005 1. George Bush en Asie
Les commentaires sur le voyage de George Bush en Asie sont très mitigés, la plupart jugeant que rien de concret n’en est ressorti. Une analyse de Peter Baker, dans le Washington Post, fait état de l’absence de prises de position majeures de la part du président américain. Le plus marquant a été le manque d’avancées dans les négociations avec la Chine sur les questions de la ré-évaluation de la monnaie chinoise, des droits de l’homme, des relations commerciales et de la lutte contre les contrefaçons, notamment. Cette constatation est partagée par Christoper Cooper, du Wall Street Journal, pour qui « Pékin a balayé les appels de Bush à plus de réformes économiques ». Bien qu’il rappelle que les attentes de la Maison Blanche étaient limitées, le journaliste décrit la portée de cette troisième visite en Chine comme « mineure », estimant qu’elle justifie les critiques de l’administration qui « disent depuis longtemps que les engagements de Bush en faveur de la démocratie passent au second plan quand il s’agit de choisir entre idéaux philosophiques et intérêts stratégiques ». Le Los Angeles Times titre ainsi « Bush évite la question des droits (de l’homme) ; la visite présidentielle met fin aux doutes quant à sa détermination à poursuivre une politique étrangère visant à promouvoir la liberté à l’étranger ». Bush aurait manqué là une opportunité, notent certains, de soulever la question du traitement par Pékin de la dissidence politique.
Dans USA Today, Judy Keen est moins pessimiste quant aux bénéfices à retirer de ce déplacement dont les résultats sont néanmoins jugés comme « moyens ». Beaucoup, à l’instar du Washington Times considèrent, pour s’en inquiéter, que « la relation Etats-Unis – Chine n’évolue pas à l’avantage des Etats-Unis »,et jugent, comme l’éditorial du Washington Post que « Bush (se serait montré) faible envers la Chine ». Pour certains commentateurs enfin, le débat relancé aux Etats-Unis sur la situation en Iraq a quelque peu occulté la portée réelle du déplacement présidentiel en Asie, à moins que l’Iraq ne soit à ce point devenu un abcès qui a véritablement mobilisé toute l’attention du président. C’est ce que pense Joseph Kahn dans le New York Times, qui s’étonne que Bush soit passé à côté des “sujets incontournables” : le président américain n’a que très peu fait référence à la Corée du Nord, bien qu’il ait prononcé un discours à quelques kilomètres de la frontière militarisée entre les deux Corée, « preuve s’il en faut que la question iraquienne a dominé le voyage de Bush en Asie ».
2. Le débat autour du retrait des troupes américaines d’Iraq
La franchise et la brutalité des propos du Représentant démocrate John Murtha, héros du Vietnam au passé de patriote irréprochable, spécialiste des affaires de défense dont les avis font autorité dans les rangs des deux partis, selon lesquels “l’Amérique a fait tout ce qu’elle pouvait faire en Iraq militairement; (...) Il faut désormais envisager le rapatriement des troupes sans plus attendre”, a fait l’effet d’une bombe et lancé un débat animé. La question iraquienne est sur les lèvres de tous les journalistes et de tous les commentateurs politiques américains, alors que le Congrès et certaines personnalités proches de la Maison Blanche évoquent l’option d’un retrait partiel des forces américaines d’Iraq. « Même le Sénat a fait part de ses critiques () en appelant la Maison Blanche à ce que 2006 soit l’année ‘d’une transition marquée’ vers la ‘conclusion’ de la mission en Iraq », constate Jim Hoagland dans le Washington Post.
Le retrait de trois brigades pourrait intervenir dès le début 2006, explique le quotidien de la capitale. Cette démarche pourrait n’être que « symbolique », avec le retrait d’une région iraquienne, croit pouvoir indiquer pour sa part Tom Bowman du Baltimore Sun. La déclaration de Condoleezza Rice, affirmant que « les forces iraquiennes seront bientôt en mesure de défendre leur pays » est considérée comme « un des signes les plus clairs de l’administration Bush qu’elle considère avec sérieux l’option d’un important retrait de ses troupes d’Iraq », affirme Paul Richter du Los Angeles Times.
The Courier-Journal de Lousville (Kentucky) reconnaît qu’il n’est pas encore question de date limite. Toutefois, « Bush devrait sentir la pression et agir pour montrer qu’il peut mettre un terme à la guerre dans des conditions acceptables, et ce plus tôt que trop tard ». Le Capital Time (Wisconsin) ajoute que « le peuple américain est en droit de connaître le plan (de Bush) avec des objectifs clairs », évoquant alors un retrait des troupes « qui permettrait (aux Etats-Unis) de se concentrer sur des questions de sécurité nationale plus prioritaires : combattre le terrorisme mondial qui menace ce pays ». La revendication du Saint-Louis Post Dispatch sur le sujet n’est on ne peut plus clair : « il est temps de s’en aller ».
Certains quotidiens s’interrogent également sur l’efficacité d’un éventuel retrait. Le Washington Times reprend les propos de Donald Rumsfeld qui juge qu’un retrait bénéficierait aux insurgés en Iraq. La presse américaine est bien consciente du dilemme auquel les Etats-Unis doivent faire face : « peu d’Américains souhaitent un retrait imprudent qui engendrerait le chaos en Iraq, mais peu sont prêts à accepter un engagement sans fin doublé d’un échec politique », écrit The Witchita Eagle (Kansas).
3. Démission d’Ariel Sharon du Likoud
La décision du Premier ministre israélien Sharon de quitter le Likoud a été commentée par la presse américaine pour laquelle cette manœuvre a produit l’effet d’un véritable « tremblement de terre politique » et qui souligne le risque pris par le vieux leader. Les réactions demeurent mesurées, mais globalement positives face à un développement qui a fait « l’effet d’une bombe » (Baltimore Sun). Le New York Times considère que la décision du Premier ministre arrive à un moment clef : « il a une chance de redéfinir la politique en Israël », estime Steven Erlanger, tout en précisant que son nouveau parti ne lui survivra pas forcément.
John Murphy, du Baltimore Sun, considère que Sharon engage un véritable pari en créant un nouveau parti dénué des ressources qui font une des forces du Likoud, « la politique israélienne est imprévisible [et] Sharon pourrait trébucher (lors des prochaines élections) ». Cette manœuvre va contribuer à «redistribuer le jeu politique israélien » et il en résultera sans doute « un paysage politique fracturé » dont Sharon pourrait tirer profit, même si le New York Times émet des doutes quant aux perspectives de le revoir à la tête d’un prochain gouvernement.
Néanmoins, tous ne considèrent pas cette décision d’un œil positif. Pour le Los Angeles Times, Ariel Sharon est un joueur qui « prend le risque d’immobiliser le processus de paix au Proche Orient avec cette manœuvre », alors qu’on enregistrait quelques signes de progrès. « Si la nouvelle formation, le Parti de la Responsabilité Nationale, est un succès, le nouveau parti de Sharon pourrait transcender la division droite-gauche et revendiquer un mandat pour négocier une sortie du conflit Israélo-Palestinien », suggère au contraire John Murphy, qui voit en Sharon un homme qui met « sa carrière en péril afin de suivre un plan de paix ». Cette décision « inévitable », selon le Washington Times, va permettre à Sharon « d’assumer la responsabilité des négociations à sa manière », sans concessions dans la lutte contre le terrorisme. Le quotidien conservateur note à ce propos que le choix du Premier ministre israélien est « bien accueilli par les Palestiniens ». Le Chicago Sun Times résume la situation avec une interprétation partagée par de nombreux médias américains : « le Proche Orient demeure un Rubik’s Cube, un casse-tête difficilement tolérable, dur à résoudre du fait de l’hostilité des Palestiniens et des Arabes à Israël. Sharon a au moins le mérite et la détermination d’essayer de trouver une solution ».
(N° 373/05/AT/EG) Ambassade de France aux Etats-Unis, le 25 Novembre 2005
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