Le PACS, un universalisme concret à la française
Près de deux ans après le vote solennel de la loi, on peut regarder avec intérêt les premiers effets du PACS. Près de 75 000 personnes sont pacsées et cette nouvelle législation semble désormais comprise et approuvée par une majorité de Français : 70 % d'entre eux y sont favorables selon un sondage de la SOFRES en 2000 (voir tableau 2).
Le PACS répondait donc à un besoin réel dans notre société. À l'étranger même, le PACS a fait école. En Allemagne, le Parlement débat d'un texte qui ressemble à notre législation et, aux États-Unis, l'État du Vermont a décidé d'octroyer des droits aux couples homosexuels sur un modèle singulier, une sorte de "PACS à l'américaine". Exemple qui, après les échecs à répétition des référendums sur le mariage gay, pourrait se répandre dans d'autres États américains.
Au-delà des chiffres - révélateurs - et des exemples étrangers, le PACS a eu depuis son adoption toute une série d'effets qui n'étaient pas forcément attendus par ses détracteurs, comme par ses partisans. Le premier effet du PACS, c'est bien sûr, et avant tout, d'avoir donné des droits à des couples qui en étaient privés. Depuis, ses effets sociaux se multiplient. Caisse primaire d'assurance maladie (CPAM), Air France, Mutuelle d'Électricité de France (EDF)& : on ne compte plus les collectivités, les entreprises, les syndicats, les administrations qui s'adaptent et accueillent positivement les couples pacsés en leur sein. Dans la lignée du PACS, le Gouvernement a fait voter une législation antidiscriminatoire en matière de droit du travail (l'article 122-45 du Code du travail interdit désormais toute discrimination en fonction de "l'orientation sexuelle").
Le PACS et la République
Autre effet du PACS : il a fait bouger la "République" dans son rapport aux identités. Il était nécessaire de faire évoluer la position française, pour la rendre moins "inhospitalière" à la différence. Comme pour la parité hommes/femmes, mais avec son originalité propre, le PACS est une législation volontariste qui assure aux homosexuels non pas seulement la tolérance, dans une République jusqu'ici hermétique aux différences, mais des droits. Le PACS marque symboliquement une non-différence, non pas une indifférence (simple tolérance), mais une reconnaissance indifférenciée (égale à celle des couples hétérosexuels).
Au fond, le PACS est une illustration originale de ce que peut être un "universalisme concret" à la française, très différent d'un certain "universalisme abstrait" qui a longtemps prévalu en France. En cela, le PACS marque peut-être une évolution significative de notre histoire juridique et sociale.
Pour en savoir plus
- sur les aspects juridiques du PACS : Pillebout (Jean-François), Le PACS, Litec, 2000.
- sur l'histoire du PACS : Martel (Frédéric), Le Rose et le Noir : les homosexuels en France depuis 1968, éditions du Seuil, Coll. Points, 2000 (traduction en américain chez Stanford University Press).
- sur l'état de l'opinion à l'égard de l'homosexualité puis du PACS, voir les deux ouvrages suivants : SOFRES, sous la direction d'Olivier Duhamel et Philippe Méchet, L'État de l'opinion 1998 (Seuil, 1998) et L'État de l'opinion 2001 (Seuil, 2001).
le texte de la loi relative au Pacte civil de solidarité (PACS) se trouve sur le site www.legifrance. gouv.fr
Ambassade de France aux Etats-Unis - 21 juillet 2001