Les conséquences sur l'économie d'origine
L’investissement à l’étranger des entreprises nationales est motivé par un constat simple : les perspectives de profit (y compris à long terme, en prenant en compte les questions de stratégie de positionnement sur les marchés extérieurs) y sont plus élevées que sur le territoire national. On ne peut donc considérer que ces investissements se substituent à des investissements dans le pays d’origine. Les sommes investies à l’étranger n’auraient tout simplement pas été investies sur place, faute d’opportunité. Et, comme on l’a vu, cette opportunité est de plus en plus fréquemment une opération de fusion-acquisition : dans des marchés très ouverts, comme au sein de l’Union européenne ou de l’OCDE, le meilleur partenaire n’est généralement pas, pour des raisons stratégiques comme en termes de respect des règles de concurrence, une entreprise nationale. Renault n’a pas envisagé de fusionner avec le français PSA, mais avec l’européen Volvo. Et l’élu est finalement le japonais Nissan. Il n’y avait pas de Nissan en France, et cette opération énorme de croissance externe est, de facto, un IDE.
Comment donc savoir ce qui se serait passé en l’absence d’IDE, en termes de production et donc aussi en termes d’emploi ? La production à l’étranger ne prend-elle pas la place de la production et des emplois nationaux ? Nous devons exclure de notre analyse les fusions-acquisitions, pour lesquelles la réponse est totalement indéterminée, dans le cas général.
Pour tous les autres investissements, au niveau microéco-nomique, la réponse est claire : il existe des cas de délocalisation d’activité. Telle entreprise de main d’oeuvre fermera ses unités de production en France pour ne garder que les activités de conception et de diffusion. Mais l’économie est une somme de secteurs, et au sein de ceux-ci une somme d’entreprises. L’exemple individuel, aux conséquences sociales toujours difficiles, ne saurait donc guider la réflexion. Une réponse plus circonstanciée est donnée par l’observation de la relation statistique entre commerce international, IDE et emploi.
Lorsque l’on examine cette relation au niveau bilatéral (la France face à l’Allemagne, par exemple), l’IDE et le commerce sont apparemment complémentaires au niveau macroéconomique entre les deux pays considérés. Il s’agit toutefois en grande partie d’une illusion statistique, dont on ne peut tirer aucun argument en termes d’effet d’entraînement. Ce sont les mêmes déterminants qui expliquent l’IDE et les échanges : les deux pays sont proches, ont une frontière et une monnaie communes, sont de grande taille (en termes économiques), ont un revenu par tête élevé, etc. Mais surtout, la dimension sectorielle de la relation est très importante : une activité de service à l’étranger entraîne le plus souvent une présence (un réseau bancaire par exemple), ce qui n’est pas le cas dans l’industrie. Et d’une industrie à l’autre, le choix entre "produire et exporter" et "investir pour produire sur place" diffère : les économies d’échelle, les coûts de transport, l’intensité de la concurrence et la technologie contenue dans les produits affectent les choix des firmes. Enfin, la France investit et exporte dans les mêmes branches, qui sont les branches compétitives, ce qui est une difficulté d’analyse supplémentaire.
Lorsque l’on contrôle, avec des méthodes statistiques appropriées, ces différents mécanismes "bruitant" la relation recherchée, une relation de complémentarité apparaît finalement entre commerce et IDE : investir à l’étranger entraîne des exportations supplémentaires (machines, pièces détachées, composants), en particulier dans les premières années, mais aussi des importations supplémentaires en provenance du pays d’accueil. Au total, l’effet net reste positif pour le commerce du pays exportateur. À l’intérieur des branches, chaque euro d’IDE français est ainsi associé à un excédent commercial de 30 cents dans l’industrie d’investissement, vis-à-vis du pays d’accueil. À long terme, toutefois, cet effet positif pour le pays émetteur s’estompe : l’activité des filiales françaises à l’étranger a un effet permanent marginal sur les exportations ou les importations françaises. Généralement, le contenu local de la production de la filiale s’élève, et la filiale s’autonomise. Cela n’empêche pas cette filiale de rester le plus souvent un centre de profit très important pour la maison mère.
Au total, l’IDE ne "déplace" pas l’activité et l’emploi dans le pays d’origine. Le niveau de la production intérieure n’est pas affecté à long terme, et il l’est plutôt positivement à court terme. Ceci n’exclut pas un impact sur les qualifications : les activités maintenues sur le territoire national sont généralement plus qualifiées, plus intensives en recherche et développement, en un mot des activités à haute valeur ajoutée. De ce point de vue, l’IDE n’a donc pas des effets très différents du commerce pour des pays comme la France.
Pour en savoir plus :
Le site portail du secrétariat d’État au Commerce extérieur : www.commerce-exterieur.gouv.fr
Le site du Centre français du commerce extérieur : www.cfce.fr
(1) Rapport Ferrand "Mondialisation : réagir ou subir ? La France face à l’expatriation des compétences, des capitaux et des entreprises", Sénat, juin 2001.
Ambassade de France aux Etats-Unis - novembre 2001